Drogués, clandestins, clochards, homosexuels, avorteuses, ouvriers dépressifs, lycéens analphabètes « diversifiés », etc ; chaque année le cinéma tient à honorer ses « autres » et à montrer qu’en son monde, on pense à la perfection.
Pour ce palmarès 2009, le grand favori était le film de Jacques Audiard puisqu’on y voyait un Arabe se faire harceler par des Corses racistes. Un film fait pour la Palme d’or, si j’ose dire (produit par « canal », de plus). Audiard avait en quelque sorte sorti l’artillerie lourde, et l’homosexuel chinois persécuté, comme le garçon autrichien victime d’une éducation trop stricte, sentaient bien qu’ils combattaient à armes inégales, malgré leurs efforts évidents.
Ce fut donc à la surprise générale qu’Haneke et son garçon éduqué à la dure obtinrent la palme d’or. D’aucuns pourraient voir en cet échec relatif d’Audiard un sursaut contre l’emprise de l’idéologie et de l’engagement sur ce festival ; ce fut même ma première réaction, mais c’est là se voiler la face : Audiard obtint tout de même le Grand Prix, et ce film d’Haneke soutenant que l’éducation stricte du début du XXe siècle mena au nazisme est loin d’être sympathique (cela dépend pour qui, il va sans dire).
On pourrait même considérer que cette Palme constitue, avec la précédente (Entre les murs), une réflexion articulée sur l’école : « l’éducation passéiste mène au fascisme, l’école multiculturelle vivre-ensemblesque au bonheur ». Les cyniques verront dans le fait que la présidente du jury et Haneke soient amis et anciens collaborateurs le seul motif de l’attribution de cette Palme, mais c’est oublier qu’on peut être à la fois corrompu et bien-pensant.

Merci pour votre message sur ce sujet qui m’est complètement passé au-dessus de la tête, je l’avoue. Sans avoir vu les films dont vous parlez, je m’associe pleinement à votre analyse : le cinéma Taugraf d’aujourd’hui est sans aucun doute le milieu dont sort avec le plus de naturel et d’efficacité la Bien-Pensance dans toute sa gloire décadente.
Je relis votre message, et je tombe sur cette séquence : « un Arabe se faire harceler par des Corses racistes ». Je crois qu’une fois énoncé ce postulat, on peut aller se coucher pour toujours : les Corses — et les Français, donc ! — sont racistes. (Je précise que je suis à moitié corse.)
Et dire qu’il y a 30 ans, on offrait la Palme d’or à des cinéastes comme Kurosawa.
Il y a trente ans, j’avais une motocyclette Kurosawa. Ça déboîtait, on va dire !!!
Laissez les faire leurs branlettes intellectuelles, cela n’a de toutes façons aucune influences sur les films que vont voir les gens.