Autoportrait avec Marc Weitzmann, Élisabeth Lévy et Fabrice d’Almeida
Paraîtra le 18 novembre, aux éditions David Reinharc, l’Abécédaire de l’In-nocence, regroupant une sélection de communiqués, des extraits d’éditoriaux ainsi que des interventions tirées du forum du parti fondé par Renaud Camus, lequel a accepté, à l’occasion de cette parution, de répondre à quelques questions.
— Dans Pire que le mal, vous critiquiez les deux “remèdes impossibles” souvent avancés pour freiner, voire même endiguer, “la disparition en cours de la culture, de la civilisation et du peuple français” ; le premier étant l’accroissement démographique, que vous jugiez comme relevant d’un mauvais calcul, puisque “les politiques natalistes sont l’un des plus puissants incitatifs qui soient à l’immigration de masse” ; et le deuxième de ces remèdes étant Jean-Marie Le Pen, qui par ses compromissions langagières, rendit impossible que l’on s’alliât à lui, quand bien même “partageait-on nombre de ses constats et adhérait-on à une grande partie de son programme”. Quatre ans après la rédaction de ce texte, plusieurs questions viennent naturellement à l’esprit.
Que répondriez-vous à l’objection nataliste selon laquelle c’est l’accroissement démographique des “Français historiques” (et non pas celui des Français au sens hermogénien du terme) qui serait souhaitable et à encourager, tant qu’ils représentent encore, sur leur territoire, une part importante de la population ?
— La plupart des démographes délirent. Ils réfléchissent en faisant totalement abstraction de ce que disent la littérature, la poésie, le regard, l’expérience sensible et plus expressément encore l’écologie : à savoir que la terre n’en peut plus de l’homme. Le parti de l’In-nocence est un parti écologique, le parti de la non-nuisance. Et toutes les politiques écologiques sont absolument vaines, du vent, du temps, des efforts et des fortunes perdus, qui ne luttent pas d’abord contre l’accroissement démographique, premier de tous les maux dont souffre la planète, et celui qui explique et entraîne à peu près tous les autres. Non seulement nous n’avons jamais été si nombreux sur la terre, mais même la France n’a jamais eu une population si nombreuse. Même les Français « historiques », comme vous dites élégamment, n’ont jamais été en pareille quantité. Nous étions quarante millions au début du XXe siècle, nous voilà avançant à marches forcées vers les soixante-dix millions. Qu’est-ce que c’est que ces absurdes menaces d’extinction ? Il n’y a pas la moindre menace. Certes, une population qui se stabiliserait en quantité, ou même, mieux encore, qui réduirait en nombre, vieillirait nécessairement, vieillit, et ce n’est forcément une mauvaise nouvelle pour la paix, pour l’harmonie sociale, pour la sagesse, pour la culture et la civilisation : à ceci près bien sûr qu’à ce vieillissement inévitable, et même souhaitable, il faut être très attentif et consacrer un part importante de la réflexion sociale, et morale, et de la recherche scientifique — que le care soit à l’ordre du jour, c’est indubitable : sur ce point Martine Aubry a raison.
Les peuples les plus anciennement « développés », ceux qui sont le plus chargés d’histoire, de civilisation, de hauts accomplissements culturels et de réflexion sur eux-mêmes, sont parfaitement conscients, inconsciemment conscients, peut-être, malgré tous les discours irresponsables de leurs démographes, repris en chœur par tous les médias (d’une manière d’ailleurs scandaleuse), que le développement démographique ne peut pas se poursuivre indéfiniment. Ils voient bien, ces vieux peuples, le délabrement de la terre, l’épuisement des ressources, les tensions que fait naître la promiscuité, le devenir-banlieue du monde, la disparition de la campagne, du vide, de la nuit, de l’absence possible, de la ressource d’éloignement. Laissés à eux-mêmes, ces peuples-là, dans leur vieille sagesse, diminueraient en nombre, malgré les objurgations de savants fous des démographes. Et ils le font, ils le feraient, voyez l’Allemagne, voyez l’Italie, n’était l’immigration. L’immigration ne diminue pas en nombre, elle, ni les immigrés en taux de reproduction. Ils ont fui leur pays pour échapper, entre autres choses, aux effets désastreux du développement démographique constant, et, selon un schéma qui s’observe dans tous les domaines, ils reproduisent exactement, c’est le cas de le dire, dans les pays d’accueil, ce qui leur a fait quitter leur contrée d’origine, à commencer par les taux de reproduction faramineux. Et ce faisant ils accélèrent ce que l’In-nocence et moi appelons le Grand Remplacement, ils nous conquièrent par les ventres, conformément d’ailleurs au programme parfaitement explicite posé par un Houari Boumedienne il y a quarante ans.
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