Il y a quelques semaines, le philosophe populo-hédoniste Michel Onfray était encore une fois l’invité de Laurent Ruquier. À chaque nouvelle parution de cet auteur fécond, les coadjuteurs du Spectacle déroulent devant lui les serpillières promotionnelles ; non par accointance idéologique, comme la part complotiste de moi-même voudrait le croire, mais bien plutôt pour des considérations strictement médiatiques. Onfray serait un bon client, une poule aux buzzes d’or ; l’avoir comme invité garantirait l’animation des « débats », ce qui, en conséquence, grossirait le nombre des hydrocéphales disponibles.
Je souillerais cette page si j’entrais dans les détails de cet insignifiant symposium ; aussi ne rapporterai-je que très fragmentairement le laïus de notre engourdisseur d’âme préféré. « Il y a dix ans, quand j’ai créé cette université populaire, il était question de répondre à une urgence politique : la présence de Le Pen au second tour. » Quel peut bien être le rapport entre les deux ? serait-on en droit de se demander. Onfray étalerait-il sans pudeur le parti pris gauchiste de son « enseignement »? Détrompez-vous. « Pendant la Révolution, il y avait des gens qui pensaient, comme Condorcet, que plus on élevait l’intelligence des gens plus ils voteraient intelligemment. » Telles étaient donc les motivations secrètes du fondateur de l’Université populaire ! Dire que j’avais toujours cru à une simple sécession universitaire… Derrière la fougue apparente du frondeur se cachait donc une philanthropie discrète, une charité aussi désintéressée qu’exemplaire puisque toute entière consacrée aux simples d’esprit.
À y réflechir posément, son raisonnement se tient. C’est même très logique ! Loin d’être ontologiquement diaboliques, les lepénistes seraient seulement un brin demeurés. Et une fois identifiée cette arriération mentale des milieux populaires blancs comme la principale matrice du vote Le Pen, la solution se présente d’elle-même, il suffirait tout simplement d’éradiquer l’imbécillité, mais comment y parvenir ? En se rasant, le matin du 22 avril 2002, Onfray eut une révélation : l’antidote au retour du fascisme, c’était lui ! Que l’on réunisse vite ces ignares quelque part ! dans un amphithéâtre par exemple ; un brillant esprit comme le sien se chargerait, au moyen d’idées progressistes éloquemment vulgarisées, de leur « élever l’intelligence ». Les quelques points de Q.I. ainsi gagnés transmueraient nécessairement tout lepéniste, quelque simplet qu’il fût avant d’entendre Onfray, en un mélenchoniste fervent.
Avec certains réactionnaires, cependant, il semblerait que l’entreprise d’Onfray soit vaine. Dix ans que j’écoute ses cours et jamais je ne me suis senti aussi éloigné de José Bové. Une exposition soutenue à la propagande gauchiste a dû produire, chez moi, un phénomène de mithridatisation. Merci aux chroniques logorrhéiques d’Edwy Plenel pour l’immunisation ! Je peux donc, sans craindre quoi que ce soit, continuer d’utiliser les conférences dormitives d’Onfray comme un somnifère naturel. Même après l’endormissement, mon inconscient restera sur ses gardes.

Cher Réac, méfiez-vous tout de même du sommeil paradoxal. On n’est jamais trop prudent avec l’éternel retour du grand autre.
Je vous suis sans le moindre doute !
Onfray est de ceux qui voient en la télévision l’onction suprême.
Et je le comprends; on ne peut pas quand on a du talent (et je n’en doute pas) voir sans réagir les BHL, Attali, … sans se dire que la « télé-réalité » (pour intellectuels, pas celle du populo) a du bon.
Et comme il est « bankable » ça marche.
Il est donc prêt à participer à tout type de débats. Mais il n’arrive pas à la cheville des ténors; aujourd’hui, la valeur montante c’est E. Todd.
Comme l’évoquait notre regretté Philippe Muray, on ne débat plus qu’entre soi (et çà, c’est un métier où Onfray n’excelle pas -encore-):
« Quand on se crêpe le chignon, c’est entre opposants à la drogue et adversaires de sa dépénalisation ; entre partisans du cosmopolitisme et ennemis de la xénophobie; entre éradicateurs du machisme et anéantisseurs du sexisme. »
Cher Nouveau Réactionnaire, Connaissez-vous ceci ? http://lephilosophesansqualits.blogspot.com/2010/05/13-mai-2010-triomphe-du-sanchopancisme.html
Je ne connaissais pas mais c’est très intéressant. La comparaison est bien trouvée. Merci.
Bon, très bien, Onfray, très bien, mais peut-être un peu facile !
Cher Réac’ Chef, quand donc nous donnerez votre critique du dernier (et magnifique (pour ma part, je l’attendais depuis longtemps, celui-là)) livre de Renaud Camus : Décivilisation ?
Je voudrais bien cher Georges mais d’un, je suis très mauvais pour les vraies « critiques » de livres et de deux je ne l’ai toujours pas lu (bien que je l’aie commandé et reçu il y a quelques temps déjà). Et mon carnet de lectures à venir est bien trop rempli pour que je puisse déterminer quand une place sera disponible. Je suis en plein XVIIe en ce moment (La Rochefoucauld, Retz, Racine, …) et je m’y plais assez. Il faudrait bien plus que le dernier Renaud Camus pour m’en arracher.
Oh le vilain snob ! Évidemment, Retz, Racine, La Rochefoucauld, c’est la très grande classe, mais Décivilisation se lit en une après-midi, vous pourriez faire une petite pause, quand-même, pour vos lecteurs !
Et ceci ? http://lephilosophesansqualits.blogspot.com/2010/08/homme-de-gout-toujours-tu-cheriras-le.html
Et : http://lephilosophesansqualits.blogspot.com/2010/10/plus-de-morts-moins-dennemis.html
J’ai suivi votre conseil et je ne suis pas déçu. C’est un essai qui aurait toutes les qualités pour passer à la postérité si cette dernière n’était faussée par ce qu’il décrit si brillament.
Entre la photo du nouveau réac qui me tourne le dos et celle du « populo-hédoniste » je choisis évidemment celui qui me fait face. Et le reste est littérature.
@Raphaël L.
S’il vous tourne le dos cela veut au moins dire que vous regardez dans la même direction!
Je ne sais si ce sont les lunettes ou autre chose, mais j’associe volontiers et de manière automatique Michel Onfray et Pascal Dusapin. (Je sais, question philosophie, mon commentaire n’est pas à la hauteur…)
Onfray ne fait que prospérer sur le terreau fécond qui nourrit l’ensemble des médiacrates et autres bobos qui nous gouvernent : celui des engagements sans risques, de l’anarchisme institutionnel, du conformisme rugissant contre lequel voici plus de 20 ans quelqu’un comme Christophe Lasch avait dressé le plus brillant des réquisitoires.
Nos « mutins de Panurge » (fantastique et regretté Muray) ont compris que maintenir la fiction intacte d’une société machiste, autoritaire et pour tout dire tenaillée sans cesse par des vélléités fascistoides (comme l’inénarable BHL faisant de la France, dans l’Idéologie Française, le ventre toujours fécond d’où sortira sempiternellement l’Hydre fasciste) pouvait continuer à leurs rapporter un maximum de bénéfices tout à la fois symboliques et lucratifs, sous les applaudissements nourris des idiots utiles et petits marquis de la bien-pensance télévisuelle dont Canal + est l’expression la plus achevée.
Inutile de préciser que cette société-là n’a plus droit de cité que dans leurs fantasmes : réclamer une autre transcendance que celle du Fric, c’est évidemment faire le jeu de l’Eternelle Réaction. Eh bien, soit, relevons le gant…
Bien vu, bien dit.
J’interviens un peu tardivement mais je ne consulte pas votre blog tous les jours ni tous les mois … Que vous preniez le temps d’écrire un billet sur Onfray montre qu’il ne vous laisse pas si indifférent ; contrairement à ce que votre ton faussement distant et méprisant voudrait faire croire. « Dix ans que j’écoute ses cours » dites-vous ? Mon Dieu ! Ou c’est du masochisme ou c’est de l’amour… Il semblerez que vous faîtes partie des hydrocéphales que vous dénoncez…
Pardon pour le « il semblerez »…. Mazette ! Je dois souffrir, moi aussi, d’hydrocéphalie…
Mais je ne m’excluais pas des « hydrocéphales disponibles » (une référence au « temps de cerveau disponible », si vous n’aviez pas remarqué). Si je dénonce quelque chose ou quelqu’un dans ce billet, ce n’est ni Onfray, ni les pauvres téléspectateurs de Ruquier (dont je fais encore (bien que de moins en moins) partie), mais bien plutôt cette entreprise médiatique de décervelage dont Onfray a l’air de s’accommoder (passer chez Ruquier pour parler de « l’élévation de l’intelligence des gens », il faut le faire, non ?).
Quant à ses conférences, oui, j’en ai écouté certaines, par curiosité pour la philosophie et surtout par dépit, car il n’y a pas grand-chose d’autre à écouter, sur les ondes. Entre Onfray et Laure Adler, je choisis le premier, même si l’idéologisation abusive de son « enseignement » est agaçante.
Hydrocéphale ou pas, trois lignes du blog de Philippe Erbs suffisent à créer un sentiment intense de lassitude : tout ce que la blogosphère produit de plus lassant, de plus creux, de plus triste, se trouve condensé là.
Au fait, que signifie « hydrocéphale » ?
Une radio d’Homer Simpson vaut mieux qu’une définition du TLF :
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Mithridatisation dîtes-vous? N’existe-t-il pas de meilleur moyen pour préserver l’intégrité d’une pensée? On croirait à vous lire que vous faîtes l’aveu de n’en avoir point d’autre que celle qui vous mène à prendre le contrepied systématique de la bêtise crasse que vous dénoncez. Le risque, vous l’aurez sans doute remarqué vous-même, est que M. Onfray soit en fin de compte toujours votre devancier.
Rien compris…