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Alain Finkielkraut, Une haine abyssale

in L’Arche n°539-540, janvier-février 2003

 

L’information est un monde étrange où les événements se succèdent et s’abolissent dans l’indifférence. Les tragédies sont la bande sonore de notre vie. L’actualité est un vaste trou noir auquel n’échappent que les événements absolument sans précédent.

Stefan Zweig a écrit qu’en 1905, lors du pogrom de Kichinev, toute l’Europe a été saisie d’horreur. Aujourd’hui, pour qu’une date s’inscrive dans les mémoires, il faut un événement tel que le 11 septembre. Là, tout s’arrête. Et de fait, plus d’un an après, quand on évoque le 11 septembre, personne ne demande de quoi il s’agit.

Cela veut dire qu’à force de téléprésence aux calamités de la terre, nous devenons, sans nous en apercevoir, des petits Néron sentimentaux. Les spectateurs, casés, blasés et décadents que nous sommes, ont besoin, tel Néron, d’incendies grandioses pour sortir de leur léthargie, mais, à la différence de l’empereur romain, notre émotion n’est pas esthétique : elle est compassionnelle. Et l’attaque du kibboutz Metzer n’a pas été digne de faire pleurer les nouveaux Néron.

Au journal télévisé de la première chaîne, Patrick Poivre d’Arvor a dit que plusieurs enfants étaient morts dans l’attentat et, dans le même souffle, il a ajouté que, lors d’une attaque à Gaza, un enfant de deux ans avait été tué. La sensibilité n’a même pas le temps de s’éveiller qu’elle est endormie par le comptage humanitaire. Violences, contre-violences. Des morts ici, des morts là. C’est un événement à obsolescence intégrée. Ne vous arrêtez pas, nous dit-on, c’est toujours la même histoire.

Or, précisément, l’attentat du kibboutz de Metzer, ce n’était pas toujours la même histoire. Le kibboutz pris pour cible par les terroristes a été fondé par des Argentins, majoritairement de gauche. Ses habitants adhèrent, pour la plupart, au parti Meretz. Ils ont des liens étroits avec les habitants d’un village arabe voisin avec lesquels ils ont formé une équipe de football. Les rapports un peu plus tendus avec un village palestinien situé à proximité n’ont pas empêché les membres du kibboutz de se solidariser avec ses habitants pour demander aux autorités israéliennes de faire passer le mur de protection sur le tracé exact de la ligne verte afin qu’il n’empiète pas sur des champs appartenant à ces Palestiniens. Ils n’ont pas obtenu gain de cause. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit vraiment de gens appartenant au camp de la paix. Et c’est en tant que tels qu’ils ont été visés par un groupe se réclamant non du Hamas ou du Jihad islamique, mais du Fatah, l’organisation de Yasser Arafat. Il s’agissait peut-être de dissidents, mais en tous cas pas de membres du Hamas ou du Jihad islamique.

Par ailleurs, les circonstances de cet assassinat auraient au moins mérité qu’on s’y arrête. Un homme pénètre dans une maison. Une femme le voit. Elle veut protéger ses enfants et elle est tuée froidement avec eux, par cet homme qui réussit à s’échapper. On est devant quelque chose d’inouï, qui ne peut être intégré dans une comptabilité humanitaire.

Toute mort est atroce. Mais toutes les façons de donner la mort ne se valent pas. Et quand je lis, sous la plume de Gilles Paris dans Le Monde : « L’attaque du kibboutz Metzer pose la question du contrôle des groupes dissidents du Fatah », je me demande d’où vient cette impassibilité. Avant la question du contrôle des groupes dissidents du Fatah, il y a la question de la haine. Une haine d’autant plus révoltante qu’elle s’attaque à ce qu’il y a de meilleur chez les Israéliens : ceux qui ont fondé les kibboutzim - le sel de la terre en Israël, le sionisme dans sa très grande pureté -, ceux qui tendent la main aux Palestiniens. C’est une haine abyssale, dont on doit pouvoir s’indigner.

Ce n’est pas succomber à la mièvrerie que de prendre cette haine en compte, car la douleur qui est la nôtre a une valeur heuristique. Elle nous donne à comprendre quelque chose. Elle explique la faiblesse du camp de la paix en Israël. On a l’impression que des Palestiniens - il ne faut pas généraliser - entrent dans la campagne électorale pour demander aux Israéliens de voter le plus à droite possible, pour donner un coup de plus au camp de la paix déjà si affaibli.

Il y a toujours cette même stupeur - dont nous comprenons mal, nous Juifs, qu’elle ne puisse pas se communiquer à d’autres - devant une haine vertigineuse, qui ne peut être expliquée par ce que font les Israéliens aux Palestiniens.

 

« Israël frappé au Kenya »

Nous sommes en train d’assister à la planétarisation de la guerre israélo-palestinienne. Au lendemain de l’attentat de Mombassa, Libération est paru avec le titre : « Israël frappé au Kenya ». Titre exact et stupéfiant, qui m’a plongé dans des abîmes de perplexité politique et même métaphysique. Comment un pays, Israël, peut-il être frappé dans un autre pays ? Qu’est-ce que cela veut dire ?

Peut-être cela signifie-t-il que nous vivons, non pas la fin de l’histoire, comme a cru pouvoir le dire Francis Fukuyama au lendemain de l’effondrement des régimes totalitaires, mais la fin de la géographie. Pour le sionisme, c’est un drame d’autant plus grand que le sionisme était en lui-même un pari sur la géographie. Des Juifs décidaient, à un moment donné de leur histoire, de se doter d’une existence géographique, contre la peur qu’ils éprouvaient (dans un État on peut se défendre), mais aussi contre la peur qu’ils suscitaient (ils cessaient d’être cette sorte de masse perçue comme d’autant plus dangereuse qu’elle était disséminée et invisible). Il y avait Israël. Il y avait enfin une adresse. Et voici que, tout d’un coup, cette adresse disparaît avec la planétarisation du conflit israélo-arabe. Israël se délocalise et peut être frappé au Kenya.

On assiste là à une surenchère du fanatisme sur la technique. C’est la technique contemporaine qui prononce l’interchangeabilité des lieux, qui remplace la terre par un espace neutre, uniforme et universel. Et le fanatisme fait la même chose. Un fanatisme dont on ne sait pas très bien d’où il vient.

C’est une « Armée pour la Palestine » qui a signé l’attentat. Mais elle ne semble pas composée de Palestiniens. Et, quand bien même elle le serait, j’ai entendu un Kenyan musulman de Mombassa commenter cet attentat en disant qu’il n’allait pas verser une larme pour les victimes israéliennes. Voilà un Kenyan révolté par Israël et participant, du moins verbalement, à la guerre anti-israélienne.

Mais qu’ont fait les Israéliens en Palestine pour mériter de la part d’un musulman de Mombassa une haine aussi radicale ? Sept cents morts d’un côté, deux mille de l’autre, malgré la disproportion des forces. Aucune guerre, a fortiori aucune guerre coloniale, n’a eu des résultats du même type, aussi peu d’écart entre les morts des deux camps. Alors, que se passe-t-il dans la tête des gens pour qu’Israël soit l’objet d’une haine aussi féroce et aussi immensément répandue ?

Michael Walzer distingue quatre guerres israélo-palestiniennes : la guerre de certains Palestiniens pour la destruction d’Israël ; la guerre d’autres Palestiniens pour un État à côté d’Israël ; la guerre que des Israéliens mènent pour leur sécurité ; et la guerre que certains Israéliens, à l’abri de cette guerre de défense, conduisent pour l’annexion de la majorité des territoires de Cisjordanie. Mais il y en a une cinquième : celle d’une partie de l’Islam, peut-être minoritaire, contre les Croisés et contre Israël, en faisant résonner toutes les harmoniques de ce nom : Israël au Kenya, Israël en Amérique, Israël dans les Twin Towers. Cette guerre, c’est peut-être quelque chose comme la troisième guerre mondiale interminable dans laquelle nous sommes engagés.

Je regrette que cet événement démentiel n’ait pas suscité en France une réprobation unanime, que cet « Israël frappé au Kenya » n’ait pas réveillé les consciences pro-palestiniennes. Car, après tout, l’attentat de Munich avait créé un durable traumatisme en Europe. Là encore, des Israéliens étaient visés hors d’Israël. Au demeurant, ces athlètes représentaient davantage l’État d’Israël que de pauvres touristes venus se défatiguer de la guerre du côté de Nairobi.

J’ajoute à cela qu’il faut signaler une convergence extrêmement dangereuse entre la généralisation islamiste de ce conflit et le discours de la radicalité progressiste en France. Les partisans de la cause palestinienne prônent, on le sait, le boycott. Or l’idée qui sous-tend le boycott, c’est qu’il n’y a pas d’Israéliens innocents et qu’on peut donc les toucher partout. C’est la même logique qui conduit à tuer un Israélien au Kenya. Cette vision du monde pratique la délocalisation car elle considère que les Palestiniens représentent l’humanité face à l’impérialisme (en l’occurrence, israélo-américain). Pour ses adeptes, ce conflit ayant un enjeu mondial, il est légitime qu’il se répande sur toute la surface de la planète. Ils ne voient pas ce qu’a d’absurde, d’odieux, de vertigineux, la planétarisation de la guerre israélo-palestinienne.

 

La poutinisation du gouvernement israélien

Pour préserver la cause palestinienne de toute compromission avec l’islamisme international, on dit que Ben Laden n’a que faire des Palestiniens. C’est beau, mais c’est faux. En créant un front islamique mondial contre les Juifs et les Croisés, Ben Laden s’est branché sur le mouvement de libération palestinien, dès les débuts de sa carrière. On a donc toutes les raisons de croire les Israéliens quand ils affirment qu’Al-Qaïda a ouvert une antenne en Palestine.

Reste à savoir quel sort nous devons faire à cette information. La tentation est grande de se laisser séduire, absorber, fasciner, par la simplification qu’elle nous propose. D’un côté, le monde libre et ses valeurs laïques, démocratiques ; de l’autre côté, l’islamisme international aux mille visages dont le cœur serait Ben Laden.

Je crois que l’on ne peut pas raisonner ainsi. Si l’intérêt d’Al-Qaïda pour la Palestine est une vérité, ce n’est pas toute la vérité. Ce n’est en tout cas pas la vérité à laquelle on peut ramener en dernière instance la réalité palestinienne. Et quand j’entends dire que Binyamin Netanyahou, actuel ministre israélien des affaires étrangères, va se rendre dans toutes les grandes capitales pour sensibiliser les autres démocraties à ce problème, j’ai l’impression d’assister à une sorte de poutinisation idéologique du gouvernement israélien.

Je suis choqué, depuis quelques temps déjà, par la solidarité que l’actuel premier ministre d’Israël a découverte et entretenue avec Poutine. J’ai été plutôt déçu, et même un peu scandalisé, par l’empressement avec lequel il a félicité Poutine, juste après l’assaut contre les terroristes tchétchènes dans un théâtre de Moscou. Je veux bien croire que le terrorisme international est présent en Tchétchénie, mais la Tchétchénie existe depuis bien plus longtemps que Ben Laden. En témoigne un roman de Léon Tolstoï, Hadji Mourat, qui raconte l’histoire d’un rebelle tchétchène passé dans l’autre camp.

Ce roman commence par l’évocation d’un petit chardon que croise le narrateur, « une fleur souillée par la terre noire qui se dressait encore toute droite. On voyait bien que tout le pied de chardon avait été écrasé par une roue puis s’était relevé, si bien qu’il se tenait de travers mais quand même debout. C’était comme si on lui avait arraché un membre, ouvert les entrailles, coupé un bras, crevé un œil, mais il était toujours debout et ne se rendait pas à l’homme qui avait anéanti tous ses frères autour de lui ». La Tchétchénie, telle ce chardon, ne se rend pas. Nous sommes en 1850.

Le contentieux est très ancien. Les efforts russes pour anéantir le peuple tchétchène sont bien antérieurs au problème actuel auquel nous sommes effectivement confrontés, celui du terrorisme international et de l’islamisme radical.

De même, et sur un tout autre plan, la Palestine existe. Le terrorisme palestinien doit être combattu sans fléchissement et sans réserve ; mais, outre que ce terrorisme n’est pas téléguidé par Ben Laden, le problème palestinien - et, d’ailleurs, les dirigeants israéliens, du moins certains d’entre eux, le savent bien - n’est pas soluble dans le terrorisme.

Il y a des Palestiniens. Tout le monde sait qu’on devra aboutir à deux États. Alors, à quoi bon essayer de faire disparaître ce que ce conflit a de spécifique dans cette grande bataille contre le terrorisme international ?

S’il faut anéantir Al-Qaïda, nul ne peut croire qu’on peut s’en tirer en anéantissant la Palestine. Nous avons besoin de grandes idées générales pour mettre en ordre la profusion du réel. Mais le général doit toujours être surveillé par le particulier. L’absorption des cas particuliers dans des grandes entités hypostasiées, c’est le commencement de la fin de l’intelligence et de la morale.

 

La cause palestinienne et le mensonge

À propos de l’interdiction du documentaire Jénine, Jénine, réalisé par l’acteur arabe israélien Mohammed Bakri.

Cette interdiction ne me choque pas. Je pense que le gouvernement israélien a eu tout à fait raison. Le mot « censure » évoque aujourd’hui, peut-être pour de bonnes raisons, à la fois l’ordre moral honni et l’ordre totalitaire. Dès que le mot de censure est prononcé, on pense aux procès de Baudelaire et de Flaubert, aux ennuis causés à Soljenitsyne par le régime post-stalinien, sans parler évidemment, de l’attitude stalinienne elle-même. Je comprends bien cela, et je ne suis pas partisan de la censure par principe.

Mais cette idée-là de la censure n’épuise peut-être pas le concept. Il y a une censure oppressive. Mais il y aussi une censure civilisatrice. Je dirais même que la civilisation humaine commence par l’inhibition. L’humanité repose sur un interdit : Tu ne tueras point. D’ailleurs, Lévinas nous montre, dans sa description de la rencontre de l’Autre, qu’en effet quelque chose arrive à la liberté. Elle est interdite par la précarité, la vulnérabilité d’autrui. Un interdit fondé sur le fait qu’on ne peut plus être une force qui va, satisfaite de se répandre dans l’être sans égard pour quoi que ce soit. Le destin de la civilisation est lié à un certain usage de la censure. De même, nous savons à quel point les vérités factuelles sont fragiles. C’est une autre leçon de « ce siècle despote », comme disait Mandelstam.

Il faut aussi rappeler que le pouvoir ne ment pas toujours et que tout mensonge ne procède pas nécessairement de lui. Dans le cas qui nous intéresse, le menteur n’est pas le censeur, mais l’artiste. Ce dernier se prévaut de sa qualité de créateur, fait surgir les ombres sacrées de Baudelaire et de Flaubert, pour justifier un film visant à donner le crédit de l’image au grand mensonge palestinien quant au massacre de Jénine.

On ne peut rien fonder sur la falsification. Il y a des exactions commises par l’armée israélienne, peut-être de plus en plus nombreuses, il est normal de les dénoncer, d’y réfléchir, de s’émouvoir et même de s’indigner si elles ne sont pas suffisamment punies. Mais en l’occurrence, à Jénine, 23 soldats israéliens ont été tués, 52 Palestiniens sont tombés dans des conditions qui ont été élucidées, où les combattants palestiniens tenaient les civils en otages, avaient bourré les maisons d’explosifs. C’est tout sauf un massacre. C’est insulter l’art que d’en faire le véhicule de la désinformation : le film Jénine, Jénine mérite la censure qui le frappe.

J’ajoute qu’il faut s’interroger sur le lien que la cause palestinienne a noué avec le mensonge. Cette cause n’est pas réductible au mensonge. Mais le mensonge l’a toujours accompagnée. Or plus on ment à autrui, plus on se ment à soi-même. Plus on se laisse intoxiquer par une propagande qui brouille la frontière du vrai et du faux, plus se dissipe la frontière du possible et de l’impossible.

Il y a peu, lors d’un débat télévisé, Shlomo Ben Ami rappelait que le mouvement national palestinien, cause juste, n’a jamais su saisir les occasions que l’histoire lui tendait, à la différence du mouvement sioniste. Il faut s’interroger sur ce manquement. N’est-il pas lié au mensonge ? Quand on ne ment pas, on regarde la réalité en face. Quand on se laisse intoxiquer par sa propagande et par ses mensonges, on ne la voit jamais et on rate toutes les opportunités. Il est de l’intérêt des Palestiniens de libérer leur cause du mensonge s’il veulent un jour la voir aboutir.

 

« Rêver la Palestine »

J’ai lu ce livre avec une stupeur grandissante. J’avais été alerté par des émissions sur la fréquence juive, et par des tracts. Les extraits que j’avais lus me semblaient tellement affolants que j’étais convaincu qu’ils devaient être sortis d’un contexte qui ne disait pas tout à fait la même chose. Après tout, on peut très bien représenter les Palestiniens, dont certains sont mus par une haine paroxystique, pour montrer que l’occupation provoque ce genre de pathologie.

Je me disais que si un grand éditeur français comme Flammarion disait qu’il s’agissait d’un « livre de paix », d’autres citations, allant dans un autre sens, devaient équilibrer celles-là. Or tel n’est pas le cas. Nous avons 180 pages de haine vindicative dans le style lyrique. Que nous dit ce grand poème douloureux ? Que les Israéliens assassinent froidement des mères éplorées, qu’ils laissent mourir des femmes enceintes dans des ambulances, que le soldat qui a tué le petit Mohammed Al-Doura se vante devant les caméras d’avoir gardé le père en vie pour le faire souffrir, et que tout le monde s’en fout. C’est un nouvel exemple de « mensonge artistique ».

Qu’est-il arrivé aux éditeurs et aux journalistes, qui semblent incapables de percevoir les manifestations d’un antisémitisme des plus explicites ? Seraient-ils eux-mêmes devenus antisémites ? Je ne le crois pas. Il me semble que, pour eux, le mot « juif » ne recouvre plus une réalité. Ce n’est plus un individu qui a une mère juive ou qui s’est converti au judaïsme. C’est devenu un signifiant baladeur, une valeur abstraite, spirituelle, errante, hier incarnée par les Juifs, aujourd’hui par leurs victimes.

Si Flammarion a publié Rêver la Palestine, c’est parce qu’il lui semblait que ce livre était un hymne à ces nouveaux Juifs que sont les Palestiniens. C’est la raison du soutien inconditionnel apportée par Le Monde diplomatique à la cause palestinienne. Nous sommes du côté des Juifs mais, pour nous, les Juifs sont ailleurs. Les Juifs font face aux Juifs. Être philosémite, c’est défendre à chaque fois le Juif, c’est-à-dire la victime. Il y a une sorte de télescopage effrayant entre l’antisémitisme idéologique, ostentatoire, apocalyptique, explicite, des uns, et cette espèce de course effrénée des autres à la recherche de la nouvelle victime juive.