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Alexandre del Valle, Stratégies islamistes et nouvelle judéophobie en Europe

in L’Observatoire du Monde juif, le 05/09/2002

 

Conscients que les valeurs qu’ils défendent sont foncièrement obscurantistes, intolérantes et même racistes (anti-occidentalisme et judéophobie, haine envers les incroyants, etc), et que certaines de leurs revendications, a priori inacceptables, sont vouées à susciter une suspicion “ naturelle ” de la part des autochtones sécularisées et des pouvoirs publics, les grands pôles du totalitarisme islamiste (Tabligh, Frères musulmans, wahhabisme saoudien, Jamat i islami, etc) ont opté pour une stratégie du faible au fort, essentiellement subversive, ambivalente, machiavélienne même, à l’instar des totalitarismes communistes ou nationaux-socialistes, qui surent manipuler l’opinion et susciter le ralliement « d’idiots utiles » (Lénine) avant de révéler leur nature violente.

C’est ainsi que, en dépit du fait que les islamistes sont viscéralement opposés aux valeurs de tolérance, de progressisme, de liberté de conscience et de pluralisme, ils sont parvenus - avec comme meilleur allié la mauvaise conscience européenne et les douleurs de l’Histoire, qu’ils ont su instrumentaliser à leur profit (campagnes « antiracistes » menées en collaboration avec les mouvances d’extrême gauche révolutionnaires et antisionistes) - à déguiser leurs revendications totalitaires et liberticides en doléances progressistes, multiculturalistes, “ politiquement correctes ”, “ anti-fascistes ”, même si l’on sait que le totalitarisme islamiste est historiquement lié au national-socialisme avec qui il partage la même haine des Juifs (Hassan al Banna, le Grand Mufti de Jérusalem al Husseini, l’ayatollah Khomeyni étaient liés aux forces de l’Axe ; le Hamas et l’Arabie Saoudite rééditent Main Kampf et les Protocoles des Sages de Sion) et continue d’avoir comme meilleurs auxiliaires certains milieux révisionnistes et néo-nazis (dont l’organisation Unité Radicale, liée au Groupe Union Défense – Gud -, les sites révisionnistes radio-Islam ou Faits et Documents, sans oublier le Groupe de Malmoë ou Race Aryenne Blanche en Suède, lesquels prennent comme exemple Khomeyni, le Hamas, le Hezbollah et Ben Laden).

 

Stratégie victimiste et “ guerre des représentations ”

Cela n’empêche point les Islamistes de faire leur une rhétorique “ victimiste ” et “ progressiste ” opportunément empreintée à la gauche et à l’extrême-gauche tiersmondiste, comme l’a bien montré Pierre André Taguieff[1]. En vertu de cette stratégie victimiste, les Islamistes expliquent que la « haine anti-islamique » quasi congénitale des sociétés d’accueil, « dominées » par les lobbies « judéo-maçonniques », ainsi que le rappellent régulièrement les Frères musulmans ou le Parti des Musulmans de France d’Ennacer Latrèche, s’exprimerait principalement par le refus de reconnaître le culte islamique ou les signes extérieurs de liberté religieuse comme le voile. Aussi certains intellectuels de gauche radicale vont-ils jusqu’à incriminer l’“ intégrisme laïcard ” ou le « néo-colonialisme » des sociétés d’accueil « intolérantes », tentées d’imposer aux immigrés musulmans une forme de “ colonisation intérieure”, pour reprendre l’expression chère à Tariq Ramadan, lequel entend ainsi dénoncer le processus d’intégration lui même, au nom d’une habile invocation du multiculturalisme. Ainsi, commentant les récurrentes “ affaires du Voile ” et la particularité française consistant à voir dans cette coutume une atteinte à la laïcité, Alain Gresh, proche du petit-fils d’Hassan Al Banna, créateur des Frères musulmans, n’hésite pas à plaquer la rhétorique anti-colonialiste propre à sa famille de pensée sur la réalité française actuelle : “ Il ne faut pas oublier que la colonisation s’est faite au nom de la civilisation et, parfois, de l’universalisme. Cet universalisme abstrait bien français, qui rend invisible la mise à l’écart des femmes comme des immigrés. Il faut empêcher le port de ce symbole archaïque qu’est le foulard, comme il fallait civiliser les barbares ”[2]. Plus explicite encore, Noël Mamère déclarait ainsi, trois mois seulement après le 11 septembre : « j’ai l’image d’une communauté musulmane qui tente légitimement de faire comprendre ses spécificités culturelles et cultuelles […] il faut savoir renvoyer dos à dos les intégristes républicains et les intégristes islamistes »[3], comme si les défenseurs de la République pouvaient être comparés aux complices idéologiques de Ben Laden ou aux héritiers de Hassan El-Banna... . En vertu de cette stratégie victimiste, les Islamistes expliquent que la « haine anti-islamique » quasi congénitale des sociétés d’accueil, « dominées » par les lobbies « judéo-maçonniques », ainsi que le rappellent régulièrement les Frères musulmans ou le Parti des Musulmans de France d’Ennacer Latrèche, s’exprimerait principalement par le refus de reconnaître le culte islamique ou les signes extérieurs de liberté religieuse comme le voile. Aussi certains intellectuels de gauche radicale vont-ils jusqu’à incriminer l’“ intégrisme laïcard ” ou le « néo-colonialisme » des sociétés d’accueil « intolérantes », tentées d’imposer aux immigrés musulmans une forme de “ colonisation intérieure”, pour reprendre l’expression chère à Tariq Ramadan, lequel entend ainsi dénoncer le processus d’intégration lui même, au nom d’une habile invocation du multiculturalisme. Ainsi, commentant les récurrentes “ affaires du Voile ” et la particularité française consistant à voir dans cette coutume une atteinte à la laïcité, Alain Gresh, proche du petit-fils d’Hassan Al Banna, créateur des Frères musulmans, n’hésite pas à plaquer la rhétorique anti-colonialiste propre à sa famille de pensée sur la réalité française actuelle : “ Il ne faut pas oublier que la colonisation s’est faite au nom de la civilisation et, parfois, de l’universalisme. Cet universalisme abstrait bien français, qui rend invisible la mise à l’écart des femmes comme des immigrés. Il faut empêcher le port de ce symbole archaïque qu’est le foulard, comme il fallait civiliser les barbares ”[2]. Plus explicite encore, Noël Mamère déclarait ainsi, trois mois seulement après le 11 septembre : « j’ai l’image d’une communauté musulmane qui tente légitimement de faire comprendre ses spécificités culturelles et cultuelles […] il faut savoir renvoyer dos à dos les intégristes républicains et les intégristes islamistes »[3], comme si les défenseurs de la République pouvaient être comparés aux complices idéologiques de Ben Laden ou aux héritiers de Hassan El-Banna...

Comme le montre le linguiste français Maurice Pergnier, auteur d’un ouvrage sur La Logomachie, la guerre des mots, les mots de la guerre[4], dans le cadre de la guerre des représentations, le choix des mots est fondamental. Pour duper l’autre, pour lui “ faire perdre le Nord ”, la signification des concepts et des mots-clés ayant une très forte portée émotionnelle et/ou idéologique, tels que : Liberté, Vérité, droits de l’Homme, Humanisme, démocratie, Shoah, racisme, intolérance, xénophobie, etc, doit être subvertie, détournée. Aussi la caractéristique du discours propagandiste islamiste et du discours subversif en général consiste-t-il à donner un double sens aux termes, de procéder à des inversions sémantiques destinées à réorienter les idées et les choix des masses-cibles, une fois leur système de défense intellectuels et appréhension du réel altérés. L’action principale des différentes formes de propagande consiste donc à légitimer et justifier des entreprises coercitives et trompeuses en attribuant à celles-ci des qualificatifs et noms porteurs de fortes charges symboliques, émotionnelles, voire idéalistes, susceptibles d’emporter l’adhésion des « public-cibles » pour qui ces valeurs sont fondamentales. Dupés par ce processus d’inversions sémantiques, ceux-ci sont alors mobilisés à leur insu, prenant la chose (la revendication islamiste anti-démocratique) pour son nom (le « droit » à la liberté et à la démocratie, etc). L’exemple-type de cette technique de manipulation est inscrit dans les trois grandes phrases du dictionnaire d’Orwell : “ La guerre c’est la Paix ; La liberté c’est l’esclavage ; L’ignorance c’est la force ”. Parallèlement aux détournements de légitimité symboliques et sémantiques consistant à donner une image positive de réalités qui auraient plutôt eu tendance au départ à être perçues comme fortement négatives et menaçantes, l’élaboration de stéréotypes disqualifiants est le complément corrélatif du premier dans ce type de guerre représentative. Nous avons déjà évoqué les stéréotypes disqualifiants les plus couramment employés car dotés d’un pouvoir de disqualification quasi immédiat : fascisme, racisme, extrême-droite, collabo, xénophobe, islamophobe, impérialiste, colonialiste, nationaliste, islamophobe, réactionnaire, sioniste, etc. Or les stéréotypes jouent dans les deux sens, de sorte que ceux précédemment cités ont tous leur équivalent positif porteur de légitimité et de respectabilité : antifasciste, antiraciste, gauche-progressiste, (extrême-gauche même, s’il l’on prend acte de la sympathie ambiante envers des leaders antisionistes d’extrême-gauche : Arlette Laguiller, Alain Krivine, Alain Besancenot, Robert Hue en France, Feltrinelli, Toni Negri, D’Alema en Italie, etc), résistant, xénophile, tiersmondiste, islamophile, internationaliste, antisioniste, etc. Une attention toute particulière mérite d’être accordée au concept délégitimatoire le plus efficace et le plus instrumentalisé au sein de cet arsenal : la reductio ad Hitlerum ou la nazification-hitlerisation-fascisation-diabolisation de l’Autre. , dans le cadre de la guerre des représentations, le choix des mots est fondamental. Pour duper l’autre, pour lui “ faire perdre le Nord ”, la signification des concepts et des mots-clés ayant une très forte portée émotionnelle et/ou idéologique, tels que : Liberté, Vérité, droits de l’Homme, Humanisme, démocratie, Shoah, racisme, intolérance, xénophobie, etc, doit être subvertie, détournée. Aussi la caractéristique du discours propagandiste islamiste et du discours subversif en général consiste-t-il à donner un double sens aux termes, de procéder à des inversions sémantiques destinées à réorienter les idées et les choix des masses-cibles, une fois leur système de défense intellectuels et appréhension du réel altérés. L’action principale des différentes formes de propagande consiste donc à légitimer et justifier des entreprises coercitives et trompeuses en attribuant à celles-ci des qualificatifs et noms porteurs de fortes charges symboliques, émotionnelles, voire idéalistes, susceptibles d’emporter l’adhésion des « public-cibles » pour qui ces valeurs sont fondamentales. Dupés par ce processus d’inversions sémantiques, ceux-ci sont alors mobilisés à leur insu, prenant la chose (la revendication islamiste anti-démocratique) pour son nom (le « droit » à la liberté et à la démocratie, etc). L’exemple-type de cette technique de manipulation est inscrit dans les trois grandes phrases du dictionnaire d’Orwell : “ La guerre c’est la Paix ; La liberté c’est l’esclavage ; L’ignorance c’est la force ”. Parallèlement aux détournements de légitimité symboliques et sémantiques consistant à donner une image positive de réalités qui auraient plutôt eu tendance au départ à être perçues comme fortement négatives et menaçantes, l’élaboration de stéréotypes disqualifiants est le complément corrélatif du premier dans ce type de guerre représentative. Nous avons déjà évoqué les stéréotypes disqualifiants les plus couramment employés car dotés d’un pouvoir de disqualification quasi immédiat : fascisme, racisme, extrême-droite, collabo, xénophobe, islamophobe, impérialiste, colonialiste, nationaliste, islamophobe, réactionnaire, sioniste, etc. Or les stéréotypes jouent dans les deux sens, de sorte que ceux précédemment cités ont tous leur équivalent positif porteur de légitimité et de respectabilité : antifasciste, antiraciste, gauche-progressiste, (extrême-gauche même, s’il l’on prend acte de la sympathie ambiante envers des leaders antisionistes d’extrême-gauche : Arlette Laguiller, Alain Krivine, Alain Besancenot, Robert Hue en France, Feltrinelli, Toni Negri, D’Alema en Italie, etc), résistant, xénophile, tiersmondiste, islamophile, internationaliste, antisioniste, etc. Une attention toute particulière mérite d’être accordée au concept délégitimatoire le plus efficace et le plus instrumentalisé au sein de cet arsenal : la reductio ad Hitlerum ou la nazification-hitlerisation-fascisation-diabolisation de l’Autre.

 

La Reductio ad hitlerum : coeur de la guerre des représentations

Dans son ouvrage Droit naturel et histoire publié en 1953, le philosophe allemand Léo Strauss voulut désigner, par reductio ad Hitlerum, l’outil sémantique central d’une forme particulière de terrorisme intellectuel : “ Qu’Hitler ait partagé une opinion ne suffit pas à la réfuter ” [5], explique-t-il, condamnant par là ceux qui s’emploient systématiquement à démoniser leur interlocuteur en amalgamant de façon abusive les idées qu’ils réfutent et celles d’Adolphe Hitler, démagogiquement invoqué. En France, Pierre-André Taguieff, à qui l’on doit l’introduction de ce paradigme dans le langage des sciences politiques, entend caractériser un sophisme du type : « Hitler aimait les chiens ; X aime aussi les chiens ; donc X est un disciple d’Hitler », précisant : « la vulgate antinationaliste contemporaine applique à l’objet de sa haine la reductio ad hitlerum, le réduisant à un inquiétant mélange d’irrationnel et de barbarie [6]». Impitoyable analyste des totalitarismes, Robert Conquest s’était en son temps élevé contre l’emploi systématique de l’étiquette « fascisme », « non pour qualifier une forme d’Etat ou de théorie étatique, mais simplement pour contester n’importe quelle forme d’autorité ou de discipline »[7].  Quant à George Orwell, l’auteur de 1984 relevait, dès 1944, avant même que le fascisme réel fût définitivement vaincu, l’emploi diffamant du mot « fasciste » appliqué à une liste de cibles incluant des fermiers, des commerçants, la chasse au renard, les corridas, Kipling, Gandhi, Tchang-Kai-Tchek, l’homosexualité, les auberges de jeunesse, l’astrologie, les chiens, sans oublier la circonscription et l’armée de métier… Grâce aux armes de l’amalgame et du stéréotype démonisant fondé sur la reductio ad Hitlerum, une certaine pensée unique est parvenue, ces dernières années, à la faveur de la vague montante du “ politiquement correct ”, à disqualifier tout discours rompant avec les conceptions multiculturalistes, ultra-relativistes ou communautaristes instrumentalisées par les Islamistes et leurs alliés antisionistes et d’extrême-gauche. Aussi sont-ce les tenants même de la laïcité républicaine et les plus farouches opposants au nouveau totalitarisme judéophobe qu’est l’islamisme, qui sont de nos jours, comble de l’ironie historique, soumis à la reductio ad hitlerum, fascisés, “ lepénisés ”, directement ou indirectement assimilés à ceux qui perpétrèrent la Shoah !…du simple fait qu’ils défendent la République ou les valeurs de l’Occident que les Islamistes et leurs relais « progressistes » ont définitivement accusé « d’islamophobie », le Musulman endossant le statut de nouvelle victime essentielle, de « nouveau Juif apatride persécuté » par les autochtones.

 

L’instrumentalisation de la douleur juive par les propagandistes islamistes

C’est ici que le discours subversif islamiste, pourtant violemment judéophobe et antisioniste, est le plus ambivalent, dans la mesure où il escompte s’attirer les grâces des milieux juifs ou de la gauche dite « judéophile » impliqués dans les organisations « antiracistes », en forgeant une représentation assimilant le sort des “ victimes musulmanes ” immigrées d’aujourd’hui à celui des Juifs persécutés d’hier. Cet amalgame racoleur revétant une puissante charge émotionnelle, il constitue assurément un puissant levier de sensibilisation. Figure incontournable du paysage islamique italien, Ali (Federico) Shutz explique ainsi que les Musulmans européens sont “ persécutés ” et que leur sort s’apparente à “ celui des Juifs pendant des siècles ”… Pour cet islamiste dont les liens avec les Frères musulmans et les milieux révisionnistes européens sont notoires[8], le parallèle a de quoi laisser perplexe. D’après Shutz, encore, l’« islamophobie » qui caractérisait les sociétés occidentales serait l’exact équivalent anti-islamique et anti-immigrés du traditionnel antisémitisme, les Musulmans étant autant « sémites » que les Juifs, et les communautés musulmanes d’Europe, « privées de liberté », injustement assimilés à des “ terroristes ” par les médias, étant les “ nouveaux Hébreux ” stigmatisés... Ainsi, en réponse aux propos du Cardinal de Bologne Biffi qui avait assimilé l’islamisme à un “ grave danger pour l’Europe ”, Shutz déclarait, lors d’un colloque organisé à Milan : « Ce qui me préoccupe, c’est que les racines des discriminations antisémites sont européennes. […]. Les Musulmans, dans cette société, sont les plus pauvres des pauvres. […] Nous ne voudrions pas qu’arrive aux Musulmans ce qui est arrivé aux Juifs. Fautes pour lesquelles l’Eglise a d’ailleurs récemment demandé pardon ”[9]. Répondant à la lettre pastorale du cardinal Biffi, Khaled Fouad Allam, professeur de sociologie du monde musulman à l’Université de Trieste, utilise la même rhétorique victimaire fondée sur la reductio ad hitlerum : “ Nous les Musulmans, nous serions en quelques sortes une menace pour l’identité de l’Europe et pour le christianisme. Je dois dire que j’ai réellement peur parce que c’est de cette manière que furent initiés les pogroms ; la suite de l’histoire, nous la connaissons. Nous, les Musulmans immigrés, étrangers, nous ne voulons pas devenir les Hébreux du Xxème siècle. La culture de la suspicion est toujours le premier pas vers l’anéantissement de l’Autre ”[10]. Lors des différentes affaires du Foulard en France, la propagande des Frères musulmans et de l’UOIF avait été jusqu’à comparer le traitement des jeunes filles expulsées des Lycées à celui de Klaus Barbie. De la même manière, le Parti des Musulmans de France a édité en mai 2002 une brochure intitulée «La manifeste judéo-nazi d’Ariel Sharon » afin de soumettre Israël et le Likoud à la reductio ad Hitlerum. On le voit, le détournement de mémoire est constant dans les opérations de propagande des mouvances islamistes et des milieux antisionistes radicaux. Dans la même logique de détournement de Mémoire, M° Coutant-Peyre, l’avocate de Carlos - qu’elle envisage d’ailleurs d’épouser, ce qui laisse entrevoir « d’où elle parle » idéologiquement - adepte de la stratégie de « défense de rupture », déclarait il y a peu, lors d’une plaidoirie en défense du terroriste algérien Mohamed Chalabi : « j’accuse le procureur d’organiser des convois de Musulmans vers les camps de la mort algériens », l’avocate accusant le juge anti-terroriste Jean Louis Bruguière, de mener une « croisade au nom de l’Occident judéo-chrétien »[11]… 

Réagissant face à ce type d’instrumentalisation des douleurs de la seconde guerre mondiale par ceux-là mêmes qui ont souvent les mots les plus durs contre les Juifs solidaires d’Israël, nombre d’intellectuels juifs ont dénoncé ce détournement de Mémoire, cette propension à passer inconsidérément tout événement au « prisme de la seconde guerre mondiale », selon le mot de Annie Kriegel, certains dénonçant là une véritable stratégie de manipulation des communautés juives. En comparant le génocide des génocides, la Catastrophe totalitaire la plus scientifiquement plannifiée du Xxème siècle, aux déboires certes, parfois réels, de minorités musulmanes dont les démocraties protègent toutefois les droits fondamentaux autant que la sécurité physique, c’est la singularité mêmes de la souffrance juive, la Shoah, que l’on banalise. Comment peut-on en effet ne pas s’apercevoir “ qu’à tout ramener au nazisme, on normalise totalement le nazisme ; et qu’à instrumentaliser à des fins partisanes (ou narcissiques) la question juive, on ne cesse de donner du grain à moudre à l’antisémitisme”[12] ? Révolté par les abus de langage, le cinéaste Claude Lanzmann, s’était déjà livré, durant la guerre du Kosovo, à un violent réquisitoire contre “ l’utilisation systématique dans le débat ” des termes “ génocide ”, “ déportations ” ou “ révisionnisme ” : “ Je n’ai pas besoin de la Shoah pour dire que ce qui se passe en ex-Yougoslavie [ou ailleurs] est effrayant. (...). Ceux qui nient l’unicité de la Shoah récupèrent cette unicité en lui comparant tout. Cela avait déjà commencé au moment du siège de Sarajévo avec Bernard-Henri-Lévy qui mettait en parallèle la ville assiégée et le ghetto de Varsovie ” [13].

Le détournement de Mémoire, dont se rendent coupables les islamistes comme les intellectuels « anti-racistes » de gauche ou d’extrême-gauche qui instrumentalisent la « douleur juive et l’épouvantail fasciste », selon l’expression de William Goldnadel, constitue l’une des formes mutantes les plus pernicieuses de l’antisémitisme, le principe central de relégitimation des motifs judéophobes, qui, en mettant la Shoah à toutes les sauces, participent en fin de compte du mouvement de relativisation des drames de la seconde guerre mondiale, objectif majeur des négationnistes. Dans son ouvrage Le nouveau bréviaire de la haine, Goldnadel a montré que l’adoption, par les plus féroces ennemis d’Israël de cette puissante rhétorique « anti-fasciste », apparemment judéophile, centrée sur la sollicitation permanente de l’Holocauste, n’est contradictoire qu’en apparence et trouve ses racines dans les motifs fondateurs de la judéophobie d’extrême gauche ou islamo-tiersmondiste: « l’antisémitisme condamné au renouvellement allait surfer sur la vague déferlante de la Shoah, sur le tout Shoah, sur son universalisation,  pour la retourner contre ses victimes, […] instrumentaliser Tsahal et la Shoah tout à la fois, les pervertir, et les renvoyer à la face du Juif  diabolisé ». C’est ainsi que la Gauche est devenue le « vecteur idéal du virus ayant muté […] la gauche et elle seule pouvait constituer l’agent passif de propagation du mal le plus adéquat […] la particulière réceptivité actuelle de la gauche à l’hostilité envers l’Etat juif réside dans son attitude, résolument plus hostile que celle de la droite, envers un pouvoir d’Etat, de surcroît occidental. Et ce non seulement en raison du grand séisme (Shoah) mais encore en raison de sa culture marxiste, trotskiste, internationaliste et tiersmondiste »[14]. C’est que pour nombre d’intellectuels adhérant à des doctrines internationalistes (marxismes, tiermondisme, gauchisme, etc), donc s’employant à délégitimer le fait national, « les Juifs » n’intéressent et ne sont « des bonnes victimes », que dans la mesure où ils revêtent docilement leur statut de diasporas passives et apatrides (« le Juif errant » universel), incapables de se défendre face aux pogroms, donc dont la Mémoire douloureuse est évoquée et instrumentalisable à l’envi dans le seul but éminemment idéologique de délégitimer toute idée patriotique ou même sécuritaire. Or, si les Juifs n’intéressent la gauche que lorsqu’ils sont des « sans-Etat », ils incarnent en revanche tout à coup la figure du Mal et sont soumis à la reductio ad Hitlerum dès lors qu’ils possèdent eux aussi un État souverain, portent l’uniforme (Tsahal) et assument leur attachement à l’Etat d’Israël. Pour des raisons structurelles et idéologiques, la Gauche internationaliste et tiersmondiste ne pourra jamais pardonner le « retour national » (alyah) du peuple juif sur sa terre originelle, les Israélites ayant commis par là le pêché inexpiable consistant à faire en sorte que leur Mémoire de souffrance, désormais « nationalisée » et conservée en Israël (Yad Vashem), ne puisse plus être instrumentalisée par d’autres...

Au-delà des responsabilités, torts, excès indéniables d’Israël, les clercs d’une certaine idéologie néo-soixante-huitarde, tiermondiste ou plus généralement anti-nationale, réfractaire à toute forme d’ordre et d’autorité régalienne, reprochent en fin de compte à l’État hébreu ce qu’ils reprochent à tout autre État : pas seulement les « dérives sécuritaire », simple prétexte servant à justifier la haine envers Israël, mais l’existance même d’un Etat-nation doté d’une police et d’une armée, c’est-à-dire détenant ce que Max Weber a nommé la « violence légitime ». Car, comme l’explique William Goldnadel, “ toute vision de l’uniforme est considérée comme négative depuis le traumatisme de la deuxième guerre mondiale (...), ainsi, toute violence légale exercée par l’Etat est devenue inconsciemment moins légitime que la violence illégale exercée par des individus en colère », notamment celle des “ casseurs ” beurs des  banlieues, des Islamistes, comme des jeunes lanceurs de pierre ou kamikazes palestiniens. Depuis 1968 en effet, l’idée même de répression d’Etat est par essence “ fasciste ”, sécuritaire, raciste, et en définitive potentiellement génocidaire, donc de même nature que le nazisme, en vertu des deux adages clés de cette pensée utopiste internationaliste : « il est interdit d’interdire » et « CRS = SS » et du postulat formulé par le philosophe Foucault selon lequel seule une différence de degré et non de nature distinguerait la nation du nazisme. Appliqué à l’Etat hébreux au terme d’un incroyable retournement de la mémoire de la Shoah contre ses victimes historiques, l’on peut démontrer du même coup que “ les Juifs aussi peuvent être des SS ” et d’horribles racistes, colonialistes, impérialistes, « néo-croisés ». Nous sommes en pleine guerre des représentations.

 

Substitution de Mémoire et nouvelle judéophobie islamisée

Le détournement de la Mémoire juive et la reductio ad Hitlerum fonctionnent essentiellement comme des postures anti-nationales tout à la fois destinés à démoniser l’Etat hébreux et à délégitimer l’Etat occidental judéo-chrétien en général, d’après ce nouveau syllogisme : l’Occident et l’Etat judéo-chrétien en général, de même nature que le nazisme et coupables de toutes les fautes passées et à venir, ne peut expier ses fautes qu’en disparaissant, notamment en abbaissant la garde face à la déclaration de guerre du totalitarisme islamiste et de toutes les offensives anti-occidentales et anti-démocratiques en provenance d’un tiersmonde, jamais coupable puisque détenant le statut de victime éternelle du colonialisme. On relèvera que le message de la Conférence « anti-raciste » organisée par l’ONU durant l’été 2001 sur le thème de l’esclavage et du racisme, où seuls le sionisme et l’occidentalisme avaient été incriminés, passant sous silence la barbarie islamiste et l’esclavage islamo-asiatique, participait pleinement de cet esprit. C’est ainsi seulement que s’explique le silence des autorités politiques et médiatico-intellectuelles face à la nouvelle judéophobie islamique constatée partout dans les démocraties occidentales lors d’attaques de synagogues ou d’agressions contre des biens et des personnes juifs. C’est que le raciste anti-juif, dès lors qu’il n’est pas occidentalo-européen, ne peut pas, on l’a vu, rentrer dans la catégorie des « mauvais », des bourreaux, des racistes, donc des antisémites fascisables, tout simplement parce que seuls les Occidentaux judéo-chrétiens, indifféremment croisés et sionistes, selon la grille de lecture démonisante et délirante commune aux Islamistes et aux Gauchistes, peuvent être coupables et « mauvais ». En effet, si Israël est bien le pire des Etats (occidentaux), soutenu par les « Croisés américains », le bourreau nationaliste et impérialiste par essence persécutant les nouvelles victimes apatrides palestiniennes, le monde arabo-islamique, qui tend de plus en plus à se déféfinir comme l’exact contraire et l’ennemi absolu de ce Mal en soi qu’est Israël et à s’identifier aux « martyrs d’Al Aqsa », ne peut être en revanche que bon par nature. Par extension, les bourreaux israélo-juifs et leurs complices « croisés » ne sont plus seulement les persécuteurs des seuls Palestiniens mais de tous les Arabo-musulmans en général et des Islamistes en particulier – les plus redoutables « résistants » au « fascisme sioniste ». Ainsi, la vulgate hybride et explosive du tiermondisme islamo-gauchiste est parvenue, aux termes d’une incroyable substitution des rôles et d’une guerre des représentations, à ancrer dans les affects et les consciences la représentation inversée et manichéenne du nouveau David arabo-islamisé défiant vaillemment le Goliath sioniste nazifié, comme si les « vrais Juifs », en tant que figure du Peuple-victime, étaient les Arabo-musulmans eux-mêmes et les « vrais nazis » les Israéliens... De sorte que l’Arabo-musulman, du seul fait qu’il est solidaire des « frères palestiniens », endosse ipso facto le statut valorisant de nouvelle victime a priori, jamais coupable par nature, y compris lorsque cette « victime » est elle-même raciste et fascisante, agresse les Juifs et les Chrétiens dans les banlieues, incendie des synagogues, ou perpètre des attentats-suicides contre des innocents israéliens et américains. Toute la force de la rhétorique islamiste et révisionniste se trouve dans cette inversion assassine. Le discours islamiste, comme ses équivalents gauchiste et tiermondiste radicaux, est donc nécessairement ambivalent. Le nouveau bouc-émissaire arabo-musulman doit pouvoir tantôt lier son sort à celui des Juifs, afin de rallier à eux la charge affective et commisératoire qui s’attache aux victimes de la Shoah, tantôt prendre purement et simplement sa place, donc l’éliminer symboliquement, d’où le jeu de substitution de rôles analysé précédemment. Car le statut de victime essentielle ne peut, par nature, être partagée avec autrui. Toute force et le semblant de « légitimité » de la nouvelle judéophobie relookée si bien décrite par Jacques Tarnero et Pierre Andre Taguieff réside dans cette substitution. Légitimée théologiquement par l’islamisme et psychologiquement par l’exacerbation de la volonté de revanche du Tiers monde arabo-musulman « humilié » par l’Occident ex-colonial et « sioniste », elle est portée par une vague mondiale sans précédents depuis la Shoah.

 

La judéophobie réislamisée d’Occident dans le contexte mondial de l’explosion du Totalitarisme islamiste anti-sioniste

Au cours des années 90, après plusieurs décennies de « wahhabisation » de l’islam sunnite mondial (« diplomatie des pétrodollars ») puis à la suite d’événements géopolitiques majeurs que furent « l’humiliation » arabe de 1967, la révolution khomeyniste, le retour dans le monde arabe des vétérans d’Afghanistan, galvanisés par leur « victoire » contre l’URSS, les répercussions de la révolution khomeyniste, la guerre du Golfe et bien sûr l’exacerbation du conflit israélo-palestinien, quatre facteurs ont achevé de réislamiser et de radicaliser la vague de  judéophobie « post-shoah » : 1/ la chute de l’URSS et le remplacement de l’appui extérieur soviétique « athée » du nationalisme arabo-palestinien par de nouveaux parrains islamistes (Iran, Koweït, Arabie, Soudan, etc) ; 2/ la réislamisation du régime de Saddam Hussein, devenu soudain le nouveau Saladin proclamant le jihad contre les « américano-croisés » et appelant à « libérer Jérusalem », puis à la vague de protestation néo-wahhabite incarnée par Oussama Ben Laden exigeant le départ des « croisés » judéo-américains de l’Arabie (l’armada américaine de 500 000 soldats qui débarqua en 1990 comprenait six mille israélites et quarante rabbins aumôniers militaires); 3/ « l’islamisation de l’Intifada » (nommée ainsi « Al Aqsa ») déclenchée durant l’automne 2000 ; 4/ les attentats du World Trade Center du 11 septembre 2001 qui galvaniseront encore plus les mouvances islamistes palestiniennes. Qu’il s’agisse de la prétention de Ben Laden à « venger les martyrs » irakiens et palestiniens ou des discours victimistes des anti-sionistes absolus s’employant à légitimer la nouvelle barbarie verte, l’intériorisation par les consciences occidentales du statut victimaire des Arabo-musulmans en général et de la vision corrélative démonisante de leurs bourreaux judéo-croisés, a contribué, via la surmédiatisation de ces dossiers, à renforcer la déférlante de haine anti-sioniste et anti-juive en Europe et au sein des masses musulmanes aux Etats-Unis.

Bien qu’elle constitue le mobile explicite majeur de la vague anti-juive et antisioniste constatée en Occident au sein des populations musulmanes depuis la fin de l’an 2000, l’islamisation de l’Intifada et du nationalisme arabo-palestinien en général ne fut que la conséquence d’un long travail de fanatisation imputable non seulement aux milieux islamistes mais également aux instances officielles de l’islam mondial, à commencer par l’Arabie saoudite et Al Azhar. Ainsi, en 1968, déjà, la célèbre Université du Caire, référence suprême de l’islam sunnite « modéré », diffusait, à l’occasion du plus grand colloque mondial jamais organisé sur le jihad, ce message de guerre totale, sans lequel on ne peut comprendre l’échec des accords de paix en Israël : « La cause de la Palestine est une cause musulmane par excellence et le sionisme n’est que le rejeton de l’impérialisme lui-même forme déguisée des croisades lancées par l’Occident chrétien contre l’Orient musulman […]. La Palestine appartient à tous les Musulmans, du fait que l’ennemi s’est emparé de la terre Sainte qui est une partie intégrante du territoire musulman […] dont la perte d’une partie est considérée comme une dépossession du tout.. Le combat pour repousser cette agression est devenu une ‘fard aïn’, un devoir que doit remplir chaque musulman, […] quel que soit le pays auquel il appartient. […]. Tous les Musulmans doivent se lever en armes comme un seul homme pour délivrer la terre Sainte, souillée par les ennemis jurés de l’humanité, et sauver de la profanation la mosquée Al Aqsa et du massacre gratuit les faibles enfants et des femmes sans défense dont la chasteté est outragée. […]. Il n’y a pas d’autre chemin pour reprendre nos anciens territoires que d’offrir nos vies au combat. N’hésitons pas devant le sacrifice »[15]. Ben Laden et cheikh Yassine n’ont finalement rien inventé en matière de haine anti-juive et de terrorisme kamikaze... Parallèlement aux justifications théologiques d’Al Azhar, l’Arabie saoudite s’emploie depuis des décennies aux côtés de la Syrie baassiste des Assad à publier dans tout le monde musulman des milliers de versions de Main Kampf et des Protocoles des Sages de Sion. Signe de la progression polymorphe de ce « nouveau nazime du XXIème siècle », la nouvelle xénophobie islamiste universelle trouve désormais de puissants échos dans les « banlieues de l’islam » d’Occident, d’où les incroyables manifestations de joie et de solidarité avec Ben Laden constatées peu après le 11 septembre dans de nombreux quartiers musulmans de Belgique, de France, de Grande Bretagne et même… d’Amérique, banlieues inconsidérémment données en pâture par les dirigeants occidentaux aux prédicateurs de la haine islamiste et où les « Infidèles judéo-chrétiens ou autres ne peuvent plus vivre en sécurité. Qu’il s’agisse du Bronx à New York, où la communauté juive est régulièrement prise pour cible (synagogues brûlées, agressions de rabins, etc), de Toronto ou Washington, où les blacks muslims de la Nation of islam appellent au lynchâge des Juifs ; de la Norvège, de Kiev, où des synagogues ont été saccagées, ou encore de Londres, où les Salafistes appellent les Musulmans anglais à « venger » les Talibans et les frères palestiniens en s’en prenant aux « sionistes », c’est l’Occident dans son ensemble qui est touché par le phénomène. En France également, les prédicateurs salafistes des territoires palestiniens, d’Arabie saoudite ou d’ailleurs viennent enflammer les banlieues et inciter à la haine anti-juive. Les prêches sur cassettes du prédicateur salafiste anglo-jamaïcain Abdullah Al-Fayçal, issu d’une banlieue londonienne, connaissent un succès considérable dans les ghettos musulmans. Etroitement surveillé par les services anglais et français, le cheikh explique dans l’une de ses cassettes que « la paix est impossible et que les Juifs sont des « traîtres par nature, portant en eux une souillure éternelle sachant qu’ils ont le mal chevillé à l’âme. Aussi n’y aurait-il pas d’autre choix pour un Musulman que de « haïr les Juifs, les combattre pour en tuer le plus possible »[16]… En toute liberté d’expression, les milieux musulmans et pro-palestiniens radicaux diffusent leur vision judéophobe et anti-occidentale d’un sionisme planétaire diabolique « persécutant » les Musulmans du monde entier, qu’il s’agisse de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) - dont le rassemblement annuel du Bourget réunit 60 000 personnes - qui fanatise les milliers de jeunes contre « l’Etat raciste d’Israël », du Secours islamique (Islamic relief), qui lance des appels à « la solidarité » avec les martyrs palestiniens, de radio Méditerranée, qui le 3 juin 2001, s’en prenait violemment aux journalistes, artistes, politiques et écrivains juifs, Elizabeth Schemla, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, Enrico Macias, Arthur et Jack Lang, ou encore de Radio Orient, qui diffuse des prêches antisémites de La Mecque appelant à la « disparition des Juifs de la surface du Globe », sans oublier les sites internet islamiques Aslim-Taslam, stcom.net ou centre islamique de Genève, où l’on s’étend longuement sur la « corruption de la parole divine du Coran par les Juifs et les Chrétiens »… Aussi les Musulmans fanatisés contre Israël et les Juifs crient-ils désormais publiquement « mort aux Juifs » lors de manifestations « antisionistes », souvent aux côtés d’organisations pro-palestiniennes d’extrême-gauche, voire même « anti-racistes » (place de la République, octobre 2001 et mai 2002, aux côtés du MRAP, du Parti des Musulmans de France, de militants du Hezbollah et d’« anti-fascistes » trotskistes, etc), ce qui permet à certains de dire que la « colère » islamiste est « progressiste ». Parallèlement, la vague d’actes judéophobes enregistrée dans toutes les capitales occidentales contre les biens, intérêts, personnes, synagogues ou écoles juives, est sans précédents depuis la seconde guerre mondiale. Il serait peu raisonnable de prendre à la légère ces incidents sous prétexte qu’il y a rarement mort d’hommes et que les nouveaux anti-juifs sont des immigrés « opprimés ». Car les désormais banales manifestations de haine verbale constatées en France aux cris d’« Israël aux Arabes, les Juifs sont des connards », « Mort aux Sionistes », « vive la gestapo vive Auschwitz, à mort les youpins »[17], etc, ont franchi tout seuil de « tolérance ». Elles sont l’étape préalable vers un passage prochain à des actes meurtriers, d’où le fait que de nombreux Juifs ont aujourd’hui peur de sortir avec leur kipa, craignent pour leur intégrité physique, et songent même à émigrer vers Israël, en dépit de la violence qui frappe également ce pays. . Ben Laden et cheikh Yassine n’ont finalement rien inventé en matière de haine anti-juive et de terrorisme kamikaze... Parallèlement aux justifications théologiques d’Al Azhar, l’Arabie saoudite s’emploie depuis des décennies aux côtés de la Syrie baassiste des Assad à publier dans tout le monde musulman des milliers de versions de Main Kampf et des Protocoles des Sages de Sion. Signe de la progression polymorphe de ce « nouveau nazime du XXIème siècle », la nouvelle xénophobie islamiste universelle trouve désormais de puissants échos dans les « banlieues de l’islam » d’Occident, d’où les incroyables manifestations de joie et de solidarité avec Ben Laden constatées peu après le 11 septembre dans de nombreux quartiers musulmans de Belgique, de France, de Grande Bretagne et même… d’Amérique, banlieues inconsidérémment données en pâture par les dirigeants occidentaux aux prédicateurs de la haine islamiste et où les « Infidèles judéo-chrétiens ou autres ne peuvent plus vivre en sécurité. Qu’il s’agisse du Bronx à New York, où la communauté juive est régulièrement prise pour cible (synagogues brûlées, agressions de rabins, etc), de Toronto ou Washington, où les blacks muslims de la Nation of islam appellent au lynchâge des Juifs ; de la Norvège, de Kiev, où des synagogues ont été saccagées, ou encore de Londres, où les Salafistes appellent les Musulmans anglais à « venger » les Talibans et les frères palestiniens en s’en prenant aux « sionistes », c’est l’Occident dans son ensemble qui est touché par le phénomène. En France également, les prédicateurs salafistes des territoires palestiniens, d’Arabie saoudite ou d’ailleurs viennent enflammer les banlieues et inciter à la haine anti-juive. Les prêches sur cassettes du prédicateur salafiste anglo-jamaïcain Abdullah Al-Fayçal, issu d’une banlieue londonienne, connaissent un succès considérable dans les ghettos musulmans. Etroitement surveillé par les services anglais et français, le cheikh explique dans l’une de ses cassettes que « la paix est impossible et que les Juifs sont des « traîtres par nature, portant en eux une souillure éternelle sachant qu’ils ont le mal chevillé à l’âme. Aussi n’y aurait-il pas d’autre choix pour un Musulman que de « haïr les Juifs, les combattre pour en tuer le plus possible »[16]… En toute liberté d’expression, les milieux musulmans et pro-palestiniens radicaux diffusent leur vision judéophobe et anti-occidentale d’un sionisme planétaire diabolique « persécutant » les Musulmans du monde entier, qu’il s’agisse de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) - dont le rassemblement annuel du Bourget réunit 60 000 personnes - qui fanatise les milliers de jeunes contre « l’Etat raciste d’Israël », du Secours islamique (Islamic relief), qui lance des appels à « la solidarité » avec les martyrs palestiniens, de radio Méditerranée, qui le 3 juin 2001, s’en prenait violemment aux journalistes, artistes, politiques et écrivains juifs, Elizabeth Schemla, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, Enrico Macias, Arthur et Jack Lang, ou encore de Radio Orient, qui diffuse des prêches antisémites de La Mecque appelant à la « disparition des Juifs de la surface du Globe », sans oublier les sites internet islamiques Aslim-Taslam, stcom.net ou centre islamique de Genève, où l’on s’étend longuement sur la « corruption de la parole divine du Coran par les Juifs et les Chrétiens »… Aussi les Musulmans fanatisés contre Israël et les Juifs crient-ils désormais publiquement « mort aux Juifs » lors de manifestations « antisionistes », souvent aux côtés d’organisations pro-palestiniennes d’extrême-gauche, voire même « anti-racistes » (place de la République, octobre 2001 et mai 2002, aux côtés du MRAP, du Parti des Musulmans de France, de militants du Hezbollah et d’« anti-fascistes » trotskistes, etc), ce qui permet à certains de dire que la « colère » islamiste est « progressiste ». Parallèlement, la vague d’actes judéophobes enregistrée dans toutes les capitales occidentales contre les biens, intérêts, personnes, synagogues ou écoles juives, est sans précédents depuis la seconde guerre mondiale. Il serait peu raisonnable de prendre à la légère ces incidents sous prétexte qu’il y a rarement mort d’hommes et que les nouveaux anti-juifs sont des immigrés « opprimés ». Car les désormais banales manifestations de haine verbale constatées en France aux cris d’« Israël aux Arabes, les Juifs sont des connards », « Mort aux Sionistes », « vive la gestapo vive Auschwitz, à mort les youpins »[17], etc, ont franchi tout seuil de « tolérance ». Elles sont l’étape préalable vers un passage prochain à des actes meurtriers, d’où le fait que de nombreux Juifs ont aujourd’hui peur de sortir avec leur kipa, craignent pour leur intégrité physique, et songent même à émigrer vers Israël, en dépit de la violence qui frappe également ce pays.

Alexandre del Valle, géopolitologue et professeur à L’Ecole de Guerre Economique (EGE), collabore à de nombreuses revues de géopolitique (Politique Internationale, Outre-Terre, Stratégique, etc) ainsi qu’au Figaro et à Spectacle du Monde, et vient de publier un essai aux éditions des Syrtes sur Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties (Paris, 2002) où il développe les thèmes exposés plus haut puis dresse un inquiétant état des lieux de la pénétration islamistes en Europe et aux Etats-Unis, après avoir défini le totalitarisme islamiste, « forme religieuse et tiermondiste de nazisme », comparable aux deux précédents périls totalitaires, rouge et brun. 

Notes :

[1] La nouvelle Judéophobie, Mille et une Nuits, 2002. [2] Alain Gresh, Tariq Ramadan, L’Islam en questions, p. 216. [3] Noël Mamère, La Médinat, 12 décembre 2001. [4] Du Rocher, 2002. [5] Léo Strauss, Droit naturel et histoire, tr.fr. M.Nathan et E. de Dampierre, Paris, Plon, 1954, p 58. [6] Pierre André Taguieff “ L’antiracisme en crise, éléments d’une critique réformiste ”, in Michel Wieviorka (éd), Racisme et Modernité, Découverte, 1993, p. 367. [7] Robert Conquest, Le féroce Xxème siècles, p 128. [8] Groupe néo-fasciste Orion ; Roger Garaudy, Robert Faurisson. Cf, Alexandre del Valle, Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties, Paris, 2002. [9] Cité in Il Giornale, jeudi 14 septembre 2000. [10] Khaled Fouad Allam, “ Lettre ouverte à Biffi ”, La Stampa, jeudi 28 septembre 2000. [11] Le Monde, 18 octobre 1998. [12] François Darras, “ Les juifs de France pris en otage ”, Marianne, 17/23 juillet 2000. [13] Intervention au Colloque sur le Kossovo, Fondation Marc-Bloch, 29 mai 1999, Assemblée Nationale. [14] William Goldnadel, Le nouveau bréviaire de la haine, pp. 83-129. [15] The Fourth Conference of the Academy of Islamic Research, Al Azhar, op. cit, p. 50. [16] Cité in Ugo Rankle, « L’antisémitisme dans les banlieues », Le Point, 5 avril 2002. [17] Cités in « Comment les jeunes beurs sont gagnés par la judéophobie », Le Monde, 12 avril 2001.