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Alexandre del Valle, La désinformation en matière d'islam : de l'islamiquement correct aux stratégies de conquêtes islamistes

in Panoramiques, le 05/04/2002

 

En France comme dans le reste de l'Europe, l'étude des problèmes relatifs à l'islam, à l'immigration musulmane, ou l'islamisme radical, est souvent faussée par l'immixtion au sein du débat de fortes charges émotionnelles inhérentes tant à la mauvaise conscience européenne et au vécu douloureux de nombreux musulmans issus de l'émigration, qu'au "politiquement correct" et à l'une de ses variantes récentes, "l'islamiquement correct".

Otage des instrumentalisations idéologiques et des débordements passionnels, le débat sur l'islam est devenu l'enjeu d'une vaste opération de désinformation, d'une véritable "guerre des représentations". Cette dérive confère à la stratégie de conquête déployée par les mouvances islamistes, fondée sur le "victimisme", une force de légitimation considérable. Parallèlement, l'instrumentalisation de la mauvaise conscience occidentale et, dans ce cadre, des douleurs de la seconde guerre mondiale dont la Shoah ("reductio ad hitlerum": processus inhibiteur de fascisation-nazification de l'Autre baptisé ainsi par Léo Strauss) permet aux prosélytes musulmans comme à leurs alliés islamophiles, généralement issus de mouvances idéologiques radicales, de disqualifier moralement toute thèse n'allant pas dans le sens de "l'islamiquement correct" et de l'apologie du communautarisme islamique. Cette auto-censure d'origine idéologico-morale explique pourquoi la République française et nombre d'Etats européens accordent aux mouvances islamo-fondamentalistes des concessions exorbitantes du droit commun, parfois contraires aux valeurs fondamentales des sociétés d'accueil. Ceci au nom d'une "discrimination positive" censée contrebalancer les "injustices" et, plus inconsciemment, expier les fautes passées des sociétés occidentales au lourd passif colonialiste, "raciste" et "islamophobe". 
Après avoir étudié la genèse de la pensée islamophile, origine de l'"islamiquement correct" actuel, nous verrons comment les forces vives de l'islamisme en Europe, désireuses de contrôler les masses musulmanes et d'empêcher leur intégration,  dans le cadre d'un projet découlant d'une lecture orthodoxe de l'islam - ce qui est souvent occulté - ont adopté une stratégie victimiste consistant à instrumentaliser les courants de pensée islamophiles, internationaliste et tiersmondistes en Occident, dont les valeurs de "tolérance" et "d'antiracisme" sont détournées aux termes d'une opération de désinformation et de subversion des valeurs particulièrement efficace.

 

Mahomet ou le premier islamiste

Avant même d'aborder le thème de la subversion islamiste, il convient de montrer le caractère déjà fort désinformateur du lieu commun, fort répandu dans nos sociétés, selon lequel l'islam serait une religion "tolérante", les courants islamistes étant de ce point de vue présentés comme contraires  à "l'esprit réel de l'islam" et du Coran.
En réalité, il est historiquement et théologiquement faux de dire que "l'islam réel" est naturellement "tolérant" et que les Islamistes sont de "mauvais musulmans", voir des "hérétiques". Il suffit d'étudier la vie du Prophète Mahomet, sa geste guerrière, ainsi que les sources de la Loi islamique, issus du Coran et des traditions du Prophète (Hadiths), pour se rendre compte que "l'islam classique" ou "orthodoxe", tel qu'enseigné dans les universités islamiques du monde entier, est fondamentalement intolérant et n'a jamais connu de réforme, les mouvements réformistes ayant hélas toujours été violemment combattus par les pouvoirs en place ou supplantés par les tendances "orthodoxes". En fait, loin d'être des extrémistes coupables d'édulcorer le message coranique, les Musulmans fondamentalistes prêchant le jihad, et les Islamistes en général, trouvent dans la vie de leur Prophète et dans les textes sacrés de l'islam d'incontestables sources de légitimation activiste.
Concernant la vie du "Beau-Modèle", rappelons tout de même que Mahomet, natif de La Mecque, où son message conquérant ultra-monothéiste avait au départ rencontré l'hostilité de ses frères païens bédouins, avait effectué avec ses premiers adeptes un repli stratégique vers Médine (Yatrib), y établissant la première société islamique temporelle et armée. Convertissant des fidèles de plus en plus nombreux, Mahomet cessa de respecter la liberté religieuse des différentes communautés de Médine, notamment les Juifs - qu'il avait voulu rallier initialement et qui l'avaient d'ailleurs accueilli lorsqu'il fuyait sa ville - dès qu'il fut en mesure de reconquérir La Mecque. L'"Envoyé d'Allah", qui avait longtemps misé sur l'islamisation des Juifs, considérés au départ comme des monothéistes authentiques, accusa désormais ces derniers de "falsifier les Ecritures", annonciatrices de l'Islam, et les somma d'adhérer à la nouvelle religion.
Mais les Juifs refusant de reconnaître la nouvelle révélation, le Prophète et ses nouveaux adeptes, les Ansar, leur déclarèrent la guerre, passant au fil de l'épée tous les "insoumis" (islam veut dire "soumission"). Les Païens arabes qui refusèrent de se convertir furent passés au sabre (le paganisme n'ayant aucune existence légale en islam et étant puni de mort, comme l'Apostasie), tandis que les "monothéistes" Juifs et Chrétiens acceptant de se "soumettre" à la théocratie islamique sans pour autant se convertir se virent accordés, moyennant le paiement d'un impôt spécial et l'acceptation de toute une série d'humiliations-restrictions de libertés, le statut de "protégés" (dhimmis), en fait un statut de sujétion. Le même épisode surviendra avec les Juifs de l'oasis de Khaybar. C'est ainsi, qu'entre 622 et 632, toute l'Arabie devint islamique grâce à la "guerre sainte", le jihad. De là aussi découle le statut légal des non-musulmans en Islam, statut juridique inchangé et enseigné jusqu'à nos jours dans les Universités musulmanes des quatre écoles sunnites officielles. Or, l'une des flagrantes opérations de désinformation en matière d'islam consiste à vanter la " tolérance " islamique du fait que les Juifs et les Chrétiens ont un statut de "protection".
Au contraire du bouddhisme ou du christianisme, la violence a toujours été légitime dans l'islam. En effet, le Jihad contre les Infidèles et les Apostats sur le chemin d'Allah (Jihad fi sabil'Allah) n'a jamais été remis en question par aucune des écoles officielles de l'islam. Désinformateurs volontaires ou involontaires, ce sont d'ailleurs les Islamophiles occidentaux qui tentent de dédouaner l'islam en affirmant que le Jihad, qui veut dire "effort", étymologiquement, serait essentiellement spirituel: le "Grand Jihad " consistant à "lutter contre ses démons intérieurs" et contre les mauvais musulmans, tandis que "l'effort de guerre armée contre les Infidèles" ("petit jihad") serait en quelques sortes "accessoire". Pourtant, en dépit de ces distinctions d'islamophiles occidentaux, projetant leurs fantasmes de tolérance et de liberté religieuses sur l'Islam, le jihad désigne essentiellement la guerre contre les "Infidèles" et il est le fondement du prosélytisme islamique. Loin d'être utilisée en dernier recours ou d'être inférieure à la prière, comme c'est le cas dans d'autres religions, "la guerre sur le sentier d'Allah" est sanctifiée: Mahomet lui-même aurait participé personnellement à 80 combats et ce sont plus de 100 versets qui incitent à la guerre dans le Coran. Le combat armé est appelé le "Sentier d'Allah" et "ceux qui sont tombés dans la guerre sainte" sont comparés à des "martyrs de la Foi" (IX, 52; LVIII, 19). Aussi n'est-il pas étonnant que les successeurs de Mahomet utiliseront systématiquement la violence pour étendre les frontières de l'empire arabo-musulman et de la "Oumma islamique" (communauté des Croyants). L'assassinat horrible de sept moines cisterciens de la Trappe de Tibhirine le 21 mai 1996 par un commando du GIA repose, à l'aune de cet enseignement, sur un fondement juridico-théologique légal
 

L'échec de la réforme de l'islam: fondement de la légitimité et de l'orthodoxie des courants islamistes

Malheureusement pour le monde arabo-musulman, il a été convenu à partir du Ve siècle de l'Hégire, que les "portes de l'Idjtihad" (l'interprétation des textes sacrés) demeureraient fermées. Depuis lors, toute réforme, toute tentative d'aggiornamento est apparu, au regard de ce qui est devenu depuis "l'orthodoxie musulmane", comme une "innovation impie" (bidàà) et une atteinte à l'éternité et la perfection divine du Coran, ancrage de la parole de Dieu, révélée mot par mot par l'ange Gabriel (II, 91; XLII, 50-52) à Mahomet, son organe. Aussi le Coran, considéré comme la copie conforme au prototype de la Révélation divine - "la Mère du Livre" (Oum el-kitab) qui se trouve au Ciel, constitue le fondement, avec les Hadiths  de Sunna (faits, dits, jugements et gestes de Mahomet), du droit musulman, (Fiqh). C'est que la Charià, la loi islamique, se donne comme l'interprète même de la Révélation. Elle dicte au croyant le Statut familial, le droit pénal, public et international, les relations avec les non-Musulmans, elle réglemente sa vie religieuse, politique et sociale. Le lien entre le Coran "intouchable" et "parfait" et la loi islamique explique en grande partie la difficulté de réformer un système juridico-théologique qui se veut parfait et inchangeable. Droit révélé, le Fiqh puise également la vie dans deux autres  racines (osoul) de la Révélation islamique complémentaires et nécessaires à l'interprétation: l'analogie (Qyas), le consensus universalis (Idjmà), et, Ray, ou jugement humain, à titre exceptionnel. C'est à partir de ces sources et techniques "licites" que les premiers juristes musulmans posèrent les bases des quatre écoles orthodoxes du Sunnisme: Chafiisme, Malikisme, Hanafisme, Hanbalisme. Aussi peut-on observer que les quatre premiers siècles de l'Islam furent caractérisés par une créativité intellectuelle très intense, permise par l'utilisation de la raison humaine dans l'Idjtihad (l'effort d'interprétation des textes sacrés), avant que ne soient définitivement fermées les "Portes de l'Ijtihad". Avec le triomphe des conservateurs et l'élimination des réformistes, rationalistes (Mut'azilites) ou mystiques , l'islam fondamentaliste deviendra l'islam orthodoxe, classique, mettant ainsi fin à cinq siècles d'effervescence intellectuelle.

 

La nouvelle trahison des clercs? 

En 1983, dans sa préface au livre de Bat Yé'Or, Les Dhimmis, Juifs et Chrétiens en terre d'Islam, l'universitaire Jaques Ellul se plaignait qu'en France " il n'est pas de bon ton de critiquer l'islam ou les Pays Arabes" . En fait, nombre d'intellectuels, islamologues et historiens occidentaux, lorsqu'ils étudient l'islam, attribuent à la civilisation musulmane les valeurs universelles et laïques de liberté religieuse fort étrangères à la nature même de l'islam. Le principal paradoxe de cette démarche est qu'en voulant prendre du recul par rapport à la religion de leurs ancêtres, le christianisme, principalement, c'est-à-dire au nom d'une critique de "l'occidentalo-centrisme", ils s'enracinent encore plus dans cet occidentalo-centrisme, puisqu'ils prêtent à la religion de Mahomet la vertu de "tolérance" à laquelle l'idéologie séculière moderne occidentale accorde une place primordiale dans la hiérarchie des valeurs. Mais l'islam qu'ils décrivent est souvent un islam romancé, idéalisé, supposé accorder une pleine liberté aux sujets non-musulmans vivant en terre d'Islam, un islam en fin de compte "occidentalisé" puisque laïcisé, et dont on semble induire qu'il aurait connu un aggiornamento comme le christianisme ou le judaïsme.
Or, c'est là que point la désinformation, car les islamologues oblitèrent le fait qu'en Occident, notamment en France ou en Italie, la religion, principalement catholique - mais aussi protestante et juive - fut contrainte de "renoncer à une partie d'elle-même" (J. P. Péroncel-Hugoz) sous la pression des pouvoirs politiques sécularisés. Il serait par dès lors naïf et dangereux de croire qu'une "religion temporelle" (Montgomery-Watt) comme l'islam, qui s'est toujours pensée comme dominante et hégémonique, et dont les textes sacrés et juridico-théologiques ont été forgés dans ce cadre, accepterait sans réticences le pacte républicain et laïque qui lui est essentiellement étranger sans avoir à connaître au préalable un aggiornamento. Cette "discrimination positive" en matière d'islamité, à mettre en parallèle avec l'extrême dureté des analyses du christianisme, est toutefois compréhensible et explicable, historiquement. Aussi l'islamophilie qui l'a permis s'inscrit-elle aussi dans le cadre de la "crise de la conscience européenne" si bien analysée par Paul Hazard, crise qui présida à la sécularisation de l'Occident dans un vaste contexte de remises en questions souvent conflictuelles, bien que fécondes par ailleurs.

 

Le mythe du "bon sauvage" et du "bon oriental", des grandes découvertes à l'Encyclopédie

L'islamophilie des Encyclopédistes visait en partie à rééquilibrer la vision de ce qu'on nommait alors "l'islamisme", chargé d'une forte image négative, et, parallèlement à stigmatiser son ennemi séculaire, l'Eglise catholique. Cet anti-catholicisme provenait du fait que l'Eglise et la Monarchie avaient été étroitement associées, les minorités protestantes, juives, les Templiers, etc, ayant été persécutés ou brimés tantôt par le Trône tantôt par l'Autel. En conséquence, dans l'imaginaire occidental moderne, la religion islamique, étrangère aux querelles internes à la civilisation européenne, à la Réforme ou à la Révolution française, ne sera pas entachée d'image réactionnaire, despotique et de stéréotypes négatifs. Bien au contraire, ayant été chassés d'Europe et/ou persécutés par des Rois catholiques, notamment en Espagne, puis combattus par des seigneurs européens et le Vatican (Croisades), les Musulmans bénéficieront à partir du XVIIIème siècle, moment par excellence de la "crise de la conscience européenne" et de la Modernité, d'une image de "bons", de victimes de cet Ancien Régime tant honni et finalement vaincu.
En fait, il n'y eut jamais de parfaite cohabitation avec les autres religions en terre d'Islam. Au meilleur des cas, les minorités conservaient une certaine liberté d'action mais étaient toujours perçus comme "infidèles" et devaient se soumettre au pouvoir islamique, qui leur était formellement interdit, même si les monarques s'entouraient souvent de conseillers juifs ou chrétiens et de savants et artistes non-musulmans. "En mettant en relief le vice, la corruption et la dégénérescence des Européens, les écrivains du dix-huitième exagéraient la prétendue supériorité des cultures étrangères, la sagesse des moralistes et des commentateurs chinois, perses ou péruviens. Ces auteurs européens, loin de cultiver l'exotisme pour l'intérêt intrinsèque des cultures étrangères, n'avaient en réalité qu'une connaissance restreinte des autres civilisations" , explique Ibn Warraq.
C'est seulement à la lumière de ces précisions que l'on comprend pourquoi le dix-huitième siècle adopta d'aussi bonne grâce le mythe d'un Muhammad "éclairé", législateur sage et "tolérant", tel qu'il est présenté par le comte Henri de Bougainvilliers (1658-1722) dans sa biographie apologétique du Prophète, publiée à titre posthume à Londres, en 1730. Le livre aura une influence décisive sur la vision européenne de l'Islam et plus particulièrement sur celle de Voltaire et de Gibbon. Comme Bougainvilliers et Sale, qu'il avait lus, Voltaire préféra finalement utiliser l'islam comme " un subterfuge pour attaquer le christianisme, qu'il considérait comme la plus ridicule, la plus absurde et la plus sanglante religion qui ait jamais infecté le monde"  . Par contraste, il finira par vanter la doctrine musulmane pour sa grande simplicité: il n'y a qu'un seul Dieu, et Muhammad est son prophète (la ilaha illa'llah wa Mohammad Rasul Allah). Gibbon sera également profondément influencé par Bougainvilliers. Lorsque Gibbon entreprend son Histoire (Déclin et Chute, 1er vol., 1776), le déclin du christianisme auprès des élites et des encyclopédistes avait laissé un vide spirituel propice à un accueil positif de l'islam, ainsi que le remarque Bernard Lewis. "L'Europe, semble-t-il, a toujours eut besoin d'un mythe pour comparer et critiquer sévèrement, écrit Lewis... Le Siècle des Lumières a connu deux prototypes d'idéal : le bon sauvage et l'oriental sage et raffiné. Il y eut une certaine compétition pour le rôle de ce dernier. Pendant un moment, le chinois joua à la perfection dans le théâtre d'ombre de l'intellectualisme occidental. Ensuite, le désenchantement s'installa, et s'aggrava avec les rapports des voyageurs qui rentraient de Chine et dont la perception avait été façonnée (...) par l'expérience. Au moment où Gibbon commence à écrire, il y avait une vide pour un mythe oriental. L'islam, sous de nombreux aspects, faisait l'affaire" .

 

Islamologues et "islamophiles" chrétiens

Au contraire de la majorité des apologistes européens de l'islam des dix-septième et dix-huitième siècles, qui utilisaient l'islam comme une arme contre l'intolérance et le dogmatisme chrétien, leurs successeurs des dix-neuvième et vingtième siècles avaient au contraire une connaissance étendue de l'islam et étaient en général de fervents chrétiens. Ils pensaient que l'islam était une religion soeur et que le christianisme et l'islam étaient destinés à mourir ou à survivre ensemble face au défi agnostique et scientiste de la Modernité. Sir Hamilton Gibb s'intéressera par exemple à l'islam en tant que chrétien engagé dans une entreprise spirituelle commune, tandis que Norman Daniel écrira: "le christianisme et l'islam souffrent avec patience sous la pression du monde, et des attaques des athées, des scientifiques et de leur pareils" .Quant au grand islamologue Montgomery Watt, chrétien fervent, et un moment prêtre à l'église de Saint Mary Boltons à Londres, celui-ci considérait l'athéisme et le communisme comme des ennemis communs aux trois religions monothéistes. Daniel et Watt, tout comme en France l'autre grand orientaliste chrétien, Louis Massignon, insistent tous sur la lutte spirituelle commune dans laquelle toutes les croyances monothéistes sont engagées.
De cette la pensée islamophile occidentale découle ce que certains ont nommé l'" Islamiquement correct ", forme spécifique de " politiquement correct ". Mais ce dernier a également d'autres origines : autant fondé sur la haine de soi occidentale - instrumentalisée à l'envi par une certaine pensée dite "de gauche" ou d'extrême gauche - que sur la peur de parler du "péril islamique" (il est moins risqué de critiquer le Pape, l'Opus Dei, les Lefébvristes ou les Juifs orthodoxes que les Islamistes), " l'islamiquement correct " est aujourd'hui par ailleurs porté par la nécessité politique de justifier la poursuite des flux migratoires Sud-Nord, que les Etats européens aux taux de fécondité faible ne peuvent enrayer, ainsi que par les stratégies électoralistes des hommes politiques désireux de conquérir le nouvel électorat "islamique". Enfin, on ne doit pas non plus oublier son origine "pétro-stratégique", laquelle passe notamment par le puissant lobbiying financier et diplomatique en Occident d'Etats pétroliers fondamentalistes comme l'Arabie Saoudite, actionnaire de nombreuses sociétés occidentales et forts de l'arme du prix du baril de pétrole.

 

Islamophilie, victimologie et communautarisme : instruments de la désinformation en matière d'islam et de la subversion islamiste en Europe

 Dans le cadre de la stratégie de conquête élaborée par les organisations islamistes, le thème du multiculturalisme (ou de la "société multiculturelle") constitue un des leviers de mobilisation majeurs des masses musulmanes que les Islamistes escomptent "réislamiser", encadrer, et, en fin de compte, instrumentaliser. Ici, le discours sur le multiculturalisme a pour fonction de justifier un certain nombre de revendications communautaristes conçues dans le but de d'empêcher les minorités musulmanes de s'intégrer aux sociétés d'accueil "impies", la non-intégration de ces communautés étant considérée comme la condition sine qua non de leur maintien dans la "Oumma" islamique. Toute l'opération de désinformation et de manipulation des mouvances islamo-fondamentalistes consiste à masquer ces objectifs stratégiques réels derrière des desseins plus moraux et apparemment en accord avec les valeurs fondamentales des sociétés européennes, principalement les valeurs de "tolérance", de "droit à la différence", de "liberté de conscience" et "d'antiracisme".
Ainsi, au nom d'une critique de "l'intégrisme laïcard intolérant", et grâce à une rhétorique "victimiste" assimilant la laïcité républicaine "orthodoxe" au "racisme", à "l'exclusion" ou même à "l'islamophobie", les Islamistes sont parvenus à faire admettre leurs revendications communautaristes - atteinte à l'égalité des sexes; revendications de "droits d'exceptions" ou "immunités territoriales" menaçant à terme l'unité et l'intégrité de la République - comme la seule alternative à "l'intolérance autochtone", une variante du "droit à la différence" prenant acte de la globalisation et de l'effacement de l'Etat national au profit d'un différentialisme néo-tribal parfaitement décrit dans l'ouvrage d'Alain Minc Le monde est ma tribu.
Comme l'a récemment dénoncé la démographe Michèle Tribalat, spécialiste des questions d'Islam et d'immigration, à l'occasion de sa démission en décembre 2000 du Haut Conseil de l'Intégration, qu'elle accuse de céder aux revendications islamistes, l'Etat républicain a amorcé ces dernières années une mutation communautariste qui fait le lit des organisations islamistes, au détriment, à long terme, du processus d'intégration des populations musulmanes de France. "Le rapport du HCI sur "l'islam dans la République" est totalement angélique, explique Mme Tribalat, il reflète bien le point de vue d'une certaine élite en quête permanente de victimes (...). Aujourd'hui (...), l'idél-type de la victime , est incarné par les Musulmans. (...). L'islam introduit des processus communautaires contraires à la mission et aux valeurs promues théoriquement par l'institution, telle que l'égalité entre hommes et femmes et la liberté de conscience: l'exemple typique, ce sont les revendications en matière de voile, de rupture de jeûne, etc" .
Inconnues avant 1989, les différentes "affaires du voile" et autres manifestations spectaculaires de l'ascension des mouvances islamistes, remettant en cause les valeurs fondamentales des sociétés d'accueil européennes, sont nées d'un double phénomène socio-politique et communautaire: la rencontre, à partir de la fin des années 80, du phénomène islamo-fondamentaliste, lui-même lié à la vague de fond mondiale (révolution Khomeyniste, Moujahidines afghans, pétro-dollars saoudiens, etc) et du mouvement "beur" et "antiraciste" (SOS racisme, MRAP, France Plus, Voix de l'islam, JRE, Jeunesse révolutionnaires trotskystes, etc). Année charnière, 1989 fut marquée par le réveil de l'Islam de France, de plus en plus encadré et contrôle par les mouvances fondamentalistes, dont l'objectif numéro un était de compromettre l'intégration des communautés musulmanes.
C'est en fait à partir de l'événement fondateur des lycéennes voilées de Creil (1989) que le mouvement "beur" évolua en partie vers le communautarisme (dérive à laquelle l'actuel Président Malek Boutih mettra d'ailleurs fin): c'est en effet en 1989 qu'Harlem Désir, leader de SOS Racisme, derrière Danièle Mitterrand, Cheikh Tejini Hadam, alors recteur de la Mosquée de Paris, ou encore le français converti Daniel Youssouf Leclerc - aujourd'hui à la tête du Bureau de l'Organisation de la Ligue Islamique Mondiale (BOLIM= Arabie Saoudite) -, fait prendre un virage à 180 degrés à son mouvement "antiraciste", troquant son laïcisme initial d'essence socialo-trotskiste (Julien Dray) contre le communautarisme musulman. La première affaire du foulard (octobre 1989) avait d'ailleurs été ainsi immédiatement récupérée par SOS Racisme et le MRAP, qui avaient invoqué le supposé "racisme" et "l'intolérance" des opposants au port du foulard dans les lieux publics. Escomptant dans un premier temps surfer sur une tendance générale de réislamisation des communautés beurs, SOS Racisme et les autres associations beurs de type intégrationnistes et laïques seront malgré tout  progressivement supplantées par des organisations communautaristes prônant la réislamisation comme seule alternative à "l'exclusion".
Les "Jeunes beurs" des banlieues, qui préfèrent à ce terme, selon eux dévalorisant, celui de "Musulmans", se reconnaissent aujourd'hui plus volontiers dans des organisations religieuses islamiques communautaristes et fondamentalistes, comme l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF, lié à l'organisation islamiste internationale des Frères musulmans) ou l'Union des Jeunes Musulmans (idem), très implantée dans la région lyonnaise. De leurs côtés, nombre d'anciens militants "antiracistes" ont rallié le mouvement associatif islamique et ont substitué au discours sur l'intégration et la laïcité républicaine celui sur le "droit à la différence" dans sa version confessionnelle et communautariste.
Soufflant sur les braises du mécontentement et du sentiment collectif de persécution entretenu dans un premier temps par les mouvements "antiracistes" précités, les propagandistes islamistes, liés à des organisations étrangères, imprudemment autorisés par les pouvoirs publics à encadrer et - de facto - à fanatiser nombre de jeunes musulmans de France, suscitent le mécontentement et le radicalisme de ces derniers en imputant tous les malheurs des Vrais Croyants à une supposée hostilité intrinsèque des "Infidèles gaulois" (Gaouris). Fascinés par le charisme d'un Tariq Ramadan, leader du courant islamiste européen issu des Frères musulmans égyptiens (dont l'UOIF en France est une branche), les exploits sportifs de célèbres champions beurs comme  Djamel Bouras ou français "blacks" convertis comme le basketteur Olivier Saint-Jean, tout deux membres de UOIF (voir infra), les jeunes Musulmans néo-fondamentalistes de France se perçoivent de plus en plus comme une communauté à part, une "nation musulmane" dans la nation, sur le modèle communautariste anglo-saxon tant médiatisé et popularisé par les médias (aspect "américain" donc "branché" du communautarisme).
"Le succès d'une minorité musulmane est de devenir, un jour plus ou moins lointain, une majorité. Ce phénomène se fait non pas par la force, mais par un effet d'assimilation réciproque entre la majorité non-islamique et la minorité islamique, la majorité acceptant petit à petit la morale et la religion islamiques et finissant par s'identifier à l'islam" , écrit le saoudien Ali Kettani, Directeur de la fondation islamique pour la science, la technologie et le développement dans une brochure, L'Islam aujourd'hui, largement diffusée en France et en Europe à l'usage des immigrés musulmans et des convertis. Comme on le constate à travers ces phrases révélatrices ou à travers la propagande fondamentaliste diffusée dans toute l'Europe par les luxueux Centres islamiques et Grandes Mosquées (Londres, Lyon, Rome, Madrid, Genève, etc) financés par Riyad, l'Arabie Saoudite, Etat intégriste par excellence, joue un double jeu vis-à-vis des Etats occidentaux en faisant croire à une " amitié " et à une coopération avec ces derniers dans le cadre de la promotion d'un islam " tolérant " et " officiel " saoudien tout en prônant le repli communautaire au sein des communautés immigrées et en ne reconnaissant aucune liberté aux non-musulmans en terre saoudienne. En fait, cette subversion et cette désinformation flagrante en matière d'islam saoudien a une origine " diplomatique et géostratégique " (alliance Etats-Unis-Saoudie ; dépendance pétrolière), et elle explique pourquoi les sociétés pluralistes, sécularisées et démocratique occidentales, pourtant si regardantes en matière de droits de l'Homme, cautionnant ici officiellement l'islam saoudien wahhabite, le plus intolérant avec l'islam taliban, comme " islam officiel " et " modéré ".
Plus concrètement, la diplomatie "pétro-islamique" et subversive de l'Arabie Saoudite a investi dans les banques et les holdings de presse occidentaux une large part de ses avoirs extérieurs et exerce maintes formes de pressions sur les groupes médiatiques et gouvernements "infidèles". Concernant les institutions financières et l'immobilier, les Emirs du pétrole détiendraient près de 35 % de la bourse de Londres, 20 à 25 % du parc immobilier de nombreuses capitales européennes. Les investissements saoudiens vont des grands palaces comme l'Hôtel Georges V, à des groupes comme Disneyland International. Le prince Walid ibn-Talal d'Arabie Saoudite, principal actionnaire du groupe bancaire américain Citigroup. Il détient par ailleurs 200 millions de dollars en certificats américains de dépôts d'actions ainsi qu'un investissement de 400 millions de dollars dans News Corp. Il a également participé à la création d'un joint-venture qui devrait aboutir à la constitution du premier réseau de télévision paneuropéen. Aussi les princes saoudiens possèdent-ils la majorité des parts de l'agence de presse américaine Upi (United Press International), la MBC, Middle East broadcasting Corporation, ou encore 40% de la société Fininvest, holding dont dépendent plusieurs chaînes de télévision italiennes. Ainsi existe-t-il un véritable "lobby audiovisuel islamique", qui, de Radio Monte Carlo aux émissions TV religieuses du dimanche, en passant par Radio Orient - radio arabe francophone internationale siégeant à Paris et reliée à La Mecque - oeuvre à l'islamisation culturelle progressive des sociétés "impies". Rappelons que Radio Orient (Idaàt al-Chark) a été fondée par l'ami personnel du Président Jacques Chirac, Rafic Hariri, milliardaire libano-saoudien et ex-Premier Ministre du Liban, l'une des figures essentielles de la diplomatie wahhabite du royaume saoudien, la "Fondation Hariri" distribuant dans le monde entier, y compris en France, des bourses d'études à des étudiants "intéressés" par le message de l'islam...
 Fort de sa diplomatie " pétroislamique ", l'Arabie Saoudite et d'autres puissances islamiques exercent des pressions sur les grands journaux et télévisions via les grands groupes industriels implantés dans les pays musulmans, afin que les Etats fondamentalistes du Golfe, ou même d'autres, réputés plus "laïques" comme la Turquie, l'Egypte ou le Maroc, ne soient jamais trop directement malmenés. Comme le "Dhimmi" en terre d'Islam, obligé de renier sa religion et de payer une taxe pour demeurer en sécurité, les Etats occidentaux, prisonniers de la dépendance énergétique, renieraient leurs valeurs démocratiques fondamentales, et céderaient au chantage économique des Etats et mouvements islamiques pour pouvoir continuer à entretenir des relations avec ceux-ci. Pendant ce temps, "l'ami" de l'Occident qu'est l'Arabie Saoudite, chef de file du lobby islamiste international, poursuit son activité de subversion et de prosélytisme en Europe, le but étant de compromettre l'intégration des communautés musulmanes immigrées et de les instrumentaliser progressivement via la "réislamisation".
Largement inspirées des consignes des organisations wahhabites-fondamentalistes saoudiennes (ainsi que d'autres pôles mondiaux de l'islamisme comme les Frères-musulmans, le Tabligh indo-pakistanais, l'Iran, le Koweït ou le Milli Görus turc) et de l'expérience des organisations islamiques britanniques, qui ont depuis des années obtenu satisfaction sur certains points mentionnés ci-après, les principales revendications des organisation musulmanes de France et d'Europe sont les suivantes :
1/ création d'écoles libres islamiques ou cours de religion dans les écoles publiques;
2/ reconnaissance des règles islamiques en matières de statut personnel: mariage religieux musulman, répudiation, polygamie, héritage, cimetières ou carrés musulmans séparés;
3/ quotas dans l'Administration pour l'embauche de Musulmans,
4/ nourriture hallal dans les cantines; lieux de prière et aumôneries islamiques; non mixité; exclusion d'ouvrages offensants envers l'islam; droit au port du voile dans les écoles,
5/ reconnaissance de l'Islam comme seconde religion de France;
6/ création d'un parti politique islamique ou reflétant les intérêts spécifiques de la communauté musulmane.
Or, ces revendications, visant à réclamer un régime juridique et administratif d'exception, exorbitant du droit commun, sont globalement et spontanément mal perçues, tant par les régimes, notamment la République française laïque que par les masses autochtones profondément sécularisées, qui y voient poindre la manifestation de " l'obscurantisme ". C'est la raison pour laquelle elles sont essentiellement exprimées à travers une rhétorique subversive "victimiste" visant à retourner l'accusation d'intolérance - pourtant à l'origine des revendications fondamentalistes - contre les pouvoirs publics laïques et les masses autochtones méfiantes. C'est dans le cadre de cette "stratégie victimiste" qu'il convient de resituer toute une série de scandales médiatico-politiques qui monopolisèrent de façon récurrente le devant de la scène sur fond de revendications communautaristes et confessionnelles. D'évidence, les différentes "affaires du voile" ou autres "affaire Rushdie" ou "affaire Taslima Najreen", menées simultanément dans plusieurs Etats européens à forte minorités musulmanes, ont été orchestrées par des organisations islamiques directement financées et/ou contrôlées par les grands pôles mondiaux de l'islamisme précités. Elles peuvent être analysées comme des épreuves de force, ainsi que l'explique le politologue algérien Slimane Zéghidour dans son ouvrage Le voile et la bannière (Pluriel, 1990). Elles constituent des opérations de provocation visant à acculer les pouvoirs publics à céder aux revendications fondamentalistes dans le but "d'apaiser" les "communautés musulmanes victimisées " et risquant de "réagir" violemment "face au racisme".

 

Communautarisme, multiculturalisme et pluralisme: des notions trop souvent confondues

Intrinsèquement lié au thème du communautarisme, le discours "politiquement correct" sur la "société multiculturelle" est l'une des armes rhétoriques maîtresses des mouvances fondamentalistes qui tentent de présenter leur refus des valeurs et règles des sociétés indigènes occidentales comme la simple marque de la "tolérance" et donc du "pluralisme". Mais l'on touche là à un sujet d'autant plus crucial que le pluralisme, invoqué à travers le multiculturalisme par ceux-là même qui rejettent les valeurs des sociétés occidentales, est en réalité loin d'être le synonyme de multiculturalisme. En effet, les "sociétés ouvertes" décrites par Karl Popper dans The open society and its ennemies étant vulnérables et reposant sur un ensemble de règles et valeurs fondamentales de base qui ne peuvent être remises en question, au risque de voir ces sociétés s'autodétruire en s'ouvrant aux systèmes hostiles, comme cela est le cas de l'islam radical qui refuse toute Altérité, elles ne peuvent pas s'ouvrir à n'importe quelle culture. Eclos au sein d'une civilisation particulière, notamment occidentale, qui pose le postulat de l'ouverture, le pluralisme est par essence limité aux cultures et systèmes philosophiques qui acceptent ce postulat.
Ainsi que l'explique le politologue italien Giovanni Sartori, auteur d'un ouvrage intitulé: Pluralisme, Multiculturalisme et Etrangers, essai sur la société multiethnique (Rizzoli, 2000), le paradoxe réside dans le fait que valeurs fondamentales des sociétés démo-libérales, pluralistes et "ouvertes" - à commencer par la tolérance et la liberté de d'opinion et de croyance - sont invoquées et détournées de leur fins, dans le cadre d'une véritable stratégie de conquête, par les responsables d'organisations islamistes qui les rejettent pourtant catégoriquement. Sartori montre qu'en matière d'Islam et d'immigration extra-européenne, la délégitimation diffuse du fait national au profit de revendications communautaires islamiques joue d'autant plus efficacement que la mauvaise conscience et la culpabilité de l'homme occidental depuis la seconde guerre mondiale sont habilement instrumentalisées par les mouvances islamistes dans leur stratégie de subversion. Elles profitent effectivement du fait que le débat sur l'islam et l'immigration est faussé depuis qu'il a été réduit à celui, hautement idéologique, passionnel et médiatique, de "l'anti-racisme" et de "l'exclusion", notions elles aussi détournées de leurs finalités premières et instrumentalisées par certains discours politiques.  Comme on le voit, la guerre, car il s'agit bien là de "guerre des représentations" et de "l'information", s'exerce aussi sans les armes. Conscient de leur faiblesse numérique et du caractère intrinsèquement "hostile" et anti-occidental de leur système de croyances, les organisations islamistes axent l'essentiel de leur combat en "terre infidèle" sur la rhétorique - comme ruse de guerre (Ulysse et Polyphème) - et la subversion des valeurs, si l'on retient l'acception du terme subversion donnée par le professeur Roger Mucchielli: "détourner de leur finalités les valeurs de l'Autre afin de démoraliser et dissuader celui-ci de se défendre contre une agression extérieure, concrète, idéologique ou psychologique". Bref, décourager l'ennemi, profiter de ses vulnérabilités internes, largesses et contradictions, lui "faire perdre le nord" au moyen de la "guerre subversive des représentations" et des concepts.