
Aude Lancelin. - Un débat sur «l’identité nationale» a été imposé au pays pour des raisons largement électorales. Maintenant que de façon assez prévisible il dérape, comment y faire face ?
Alain Finkielkraut. – Je ne sais si le débat est opportun mais l’inquiétude est légitime. Dans sa fameuse conférence de 1882, Renan commence par écarter toute définition raciale de la nation. « L’histoire humaine diffère essentiellement de la zoologie », dit-il, et il définit la nation comme un principe spirituel, comme une âme (il ne faut pas avoir peur de ce mot), composée de deux éléments : un riche legs de souvenirs, un héritage de gloire et de regrets à partager d’une part, et de l’autre, le consentement actuel, le désir de continuer la vie commune. Or la France est aujourd’hui le théâtre d’une double crise : de l’héritage et du consentement. L’exécration de la France est à l’ordre du jour dans une fraction non négligeable des nouvelles populations françaises. Il faut vivre à l’abri du réel pour considérer que cette francophobie militante est une réponse au racisme d’Etat ou à la stigmatisation de l’étranger.
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Je me demande bien pourquoi Finkielkraut s’embarque dans ce genre de galère : un débat avec Badiou « arbitré » par Aude Lancelin ! Comme on aimerait que ce « rousseauiste de l’infini », qui a passé sa vie à pantoufler dans l’Université en profitant largement du système qu’il prétend combattre, soit un jour mis en face de cette « vie historique des choses » qu’il défend si ardemment, et qu’il voit enfin de près ce dont est capable cette banlieue fraternelle qu’il s’est contenté de contempler depuis son perchoir de la rue d’Ulm !
Je comprends votre désarroi Alexis, mais avouez que le débat est ici entier, s’il y a un aspect très positif chez Badiou, c’est l’obligation de profondeur qu’impose sa radicalité. C’est parce-que Finkie veut le rejeter qu’il doit s’élever sans cesse. Ce texte mérite de multiples relectures, il est évident que leurs paradigmes sont inconciliables, et pourtant, il y a des points de rencontres, que Badiou relève d’ailleurs. Il y a aussi beaucoup de mal entendus, des deux côtés. Le plus grossier sans doute s’appuie sur ce que Badiou appel « l’ontologie du multiple » (qui n’est rien d’autre que l’Etre, pour lui) quand Finkie parle de sa théorie du « deux » et de son combat éternel contre la domination. Sans doute Badiou considère-t’il il Finkie comme un conservateur (qui a un sens particulier pour un révolutionnaire), A.F voudrait certainement l’être, mais il déplore avec trop de lucidité la perte des choses pour se dire conservateur (encore faut-il que son adversaire saisisse ce qu’il y a à défendre, encore un point de fracture insurmontable).
Nous aurons remarqué la façon dont chacun aborde les sujets, des deux pieds chez le professeur de philosophie qu’est Badiou (à coup de marteau, mais sans Nietzsche, et allons y pour les généralités abstraites), par la pointe du pied chez Finkie, une approche beaucoup subtile, littéraire, par anecdotes pour tous dire (peut-être nous rapprochons nous ici du clinicien).
Non, ce n’est pas du désarroi, plutôt de la consternation et de l’agacement devant cette imposture dont Badiou est le nom. Il faut p
Voici la fin du message précédent :
…il faut tout de même un certain culot à cet idéologue antédiluvien pour dire froidement à Finkielkraut : « Vos catégories philosophiques et politiques vous rendent prisonnier d’une conception extraordinairement étroite de la question. »
Le plus choquant à mes yeux, c’est la façon de Badiou de prendre date, comme s’il affutait son réquisitoire d’un futur tribunal de salut public.
Il dit clairement à Finkie que lui et ses semblables sont responsables des évènements. Ca fait froid dans le dos, comme le canon d’une kalach…
Tenez un texte de Badiou beaucoup moins crispant où il aborde les particularités de la philosophie française contemporaine: http://memento.forumanalogue.fr/textes/panorama-de-la-philosophie-francaise-contemporaine
ce Badiou est incroyable de dogmatisme et dangereux avec ça ! En gros il veut refaire 1917 avec les jeunes de banlieues ?
Quelle posture facile de normalien ! Quelle irresponsabilité.