Michel Onfray et l’Appel du 22 avril
Posté dans Textes sur 23 nov 2011
Il y a quelques semaines, le philosophe populo-hédoniste Michel Onfray était encore une fois l’invité de Laurent Ruquier. À chaque nouvelle parution de cet auteur fécond, les coadjuteurs du Spectacle déroulent devant lui les serpillières promotionnelles ; non par accointance idéologique, comme la part complotiste de moi-même voudrait le croire, mais bien plutôt pour des considérations strictement médiatiques. Onfray serait un bon client, une poule aux buzzes d’or ; l’avoir comme invité garantirait l’animation des « débats », ce qui, en conséquence, grossirait le nombre des hydrocéphales disponibles.
Je souillerais cette page si j’entrais dans les détails de cet insignifiant symposium ; aussi ne rapporterai-je que très fragmentairement le laïus de notre engourdisseur d’âme préféré. « Il y a dix ans, quand j’ai créé cette université populaire, il était question de répondre à une urgence politique : la présence de Le Pen au second tour. » Quel peut bien être le rapport entre les deux ? serait-on en droit de se demander. Onfray étalerait-il sans pudeur le parti pris gauchiste de son « enseignement »? Détrompez-vous. « Pendant la Révolution, il y avait des gens qui pensaient, comme Condorcet, que plus on élevait l’intelligence des gens plus ils voteraient intelligemment. » Telles étaient donc les motivations secrètes du fondateur de l’Université populaire ! Dire que j’avais toujours cru à une simple sécession universitaire… Derrière la fougue apparente du frondeur se cachait donc une philanthropie discrète, une charité aussi désintéressée qu’exemplaire puisque toute entière consacrée aux simples d’esprit.
À y réflechir posément, son raisonnement se tient. C’est même très logique ! Loin d’être ontologiquement diaboliques, les lepénistes seraient seulement un brin demeurés. Et une fois identifiée cette arriération mentale des milieux populaires blancs comme la principale matrice du vote Le Pen, la solution se présente d’elle-même, il suffirait tout simplement d’éradiquer l’imbécillité, mais comment y parvenir ? En se rasant, le matin du 22 avril 2002, Onfray eut une révélation : l’antidote au retour du fascisme, c’était lui ! Que l’on réunisse vite ces ignares quelque part ! dans un amphithéâtre par exemple ; un brillant esprit comme le sien se chargerait, au moyen d’idées progressistes éloquemment vulgarisées, de leur « élever l’intelligence ». Les quelques points de Q.I. ainsi gagnés transmueraient nécessairement tout lepéniste, quelque simplet qu’il fût avant d’entendre Onfray, en un mélenchoniste fervent.
Avec certains réactionnaires, cependant, il semblerait que l’entreprise d’Onfray soit vaine. Dix ans que j’écoute ses cours et jamais je ne me suis senti aussi éloigné de José Bové. Une exposition soutenue à la propagande gauchiste a dû produire, chez moi, un phénomène de mithridatisation. Merci aux chroniques logorrhéiques d’Edwy Plenel pour l’immunisation ! Je peux donc, sans craindre quoi que ce soit, continuer d’utiliser les conférences dormitives d’Onfray comme un somnifère naturel. Même après l’endormissement, mon inconscient restera sur ses gardes.
21 commentaires »
Autoportrait avec Marc Weitzmann, Élisabeth Lévy et Fabrice d’Almeida





