
Bien que je tienne l’établissement de ma discothèque pour une entreprise on ne peut plus sérieuse, seule une règle restrictive fut instaurée : pas de Barenboim. Je me disais alors pour me rassurer qu’un vecteur d’une si piteuse idéologie ne pouvait en aucun cas être un génie musical. Mais comme nous le rappellent si volontairement nos acteurs clandestinophiles et palestinophiles, la réussite artistique ne préserve en aucun cas des pensées imbéciles ou dangereuses.
J’en étais donc arrivé à envisager l’idée d’une possible perte pour ma discothèque, sentiment désagréable que je surmontai grâce à l’idée que la perte valait aussi pour Barenboim. «De cette collection se voulant le catalogue des meilleures interprétations des œuvres majeures de la musique occidentale, tu ne feras pas partie», lui disais-je.
La règle fut certes appliquée avec rigueur, mais non sans douleur : quand je découvris que les concertos de Beethoven sous la direction de Klemperer avaient pour pianiste Barenboim, j’en eus le souffle coupé, mais tins bon, ne dérogeai pas et optai pour les versions de Serkin, Zimerman et Pollini.
Mais lorsque je dus sélectionner la version des Lieder ohne Worte de Mendelssohn à intégrer à ma collection, j’eus la triste surprise de voir que le cheval que je donnais gagnant, Gieseking, n’avait enregistré que des extraits de l’œuvre ; la seule version complète satisfaisante étant celle de Barenboim. Des deux maux je choisis le moindre, et accueillis donc – avec réserve – Barenboim dans ma collection dont l’âme est désormais perdue.
Mendelssohn, marche funéraire (piano: Barenboim)
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
***

Autre signe de relâchement, j’ai écouté par curiosité le concerto n°2 de Rachmaninoff interprété par Lang Lang.

Merci de votre spirituelle chronique, et du plaisir que vous m’avez donné de dire du mal de Barenboïm idéologue. Quand on m’a annoncé que M. Fouccroulle, dont j’écoutais religieusement les interprétations de Buxtehude à l’orgue, était un Bolchevik exalté, je ne laissai pas de l’écouter quand même jouer Buxtehude, non certes par esprit de tolérance, mais parce que Buxtehude, si l’on veut, annule, englobe, fait oublier les opinions meurtrières de son interprète. Reste à savoir si la conformité idéologique d’un artiste s’entend aussi clairement en musique que, mettons, en littérature (où le choix des mots et la syntaxe mêmes signalent infailliblement un esprit esclave). En somme, entend-on le palestinisme de Barenboïm dans Mendelsohn, ou le léninisme de Fouccroulle dans Buxtehude?
Qu’on n’entende pas les opinions désastreuses de Barenboim, c’est certain. Mais le seul fait de savoir que c’est du Barenboim que l’on écoute risque quand même de court-circuiter l’écoute.
Après vous avoir lu, j’ai fait l’expérience d’écouter le triple concerto op.56 pour violoncelle, violon et … piano de Beethoven, qui a l’avantage d’être suivi dans mon disque de la Fantaisie Chorale op.80, pour orchestre, choeur et … piano. J’ai beaucoup de goût pour cette dernière oeuvre. J’ai eu bien du mal à oublier que c’était Barenboïm qui pianotait et dirigeait le tout. Vous avez raison, cela court-circuite l’écoute, et je préfère ensevelir dans l’oubli tout ce que ce musicien a dit, dit et dira, a fait, fait et fera. Il n’est pas le seul beethovénien de la planète, après tout. Et malheureusement pour ses amis, l’état d’Israël est plein de ces « post-sionistes » dont il vaut mieux avoir la charité d’oublier les opinions, si les médias autorisés nous laissent en paix avec elles.
Barenboïm qui « pianotait »… Bon…
Georges, moi qui espérais vous voir vous déchaîner sur Barenboim !
Non, pourquoi ? Baremboïm est un excellent musicien, tout de même ! Je sais bien que ses prises de position politiques peuvent agacer, décevoir, exaspérer, mais je ne ferai pas ce procès à cet artiste.
Il n’est pas le plus fin des pianistes actuels, certes, et il est parfois brouillon, mais encore une fois, j’ai du respect pour lui. « Pianoter », c’est vraiment infâme, pour le qualifier !
Brouillon ? C’est un bon début.
Vous avez raison Georges, ce Barenboim, bien qu’on ne puisse pas dire de lui qu’il pianote, reste quand même très brouillon.
Pardonnez-moi, William, mais je n’arrive pas à entrer dans ce petit jeu. Les artistes ne sont jamais parfaits en tous domaines, et quand ils ont ce niveau-là, je me garde bien de les ridiculiser, même si j’ai de grands désaccords avec eux sur tel ou tel sujet. J’ai dit qu’il était PARFOIS brouillon, car c’est un touche à tout de génie, mais cette boulimie naturelle fait aussi qu’il connaît remarquablement bien la musique.
Baremboïm, c’est aussi celui qui a réussi à faire jouer Wagner en Israël, non ?
« Infâme »… Mea culpa pour le pianotage, qui n’était pas insultant. Je vois, M. George-s, que votre usage de l’hyperbole dépasse tout ce que l’on peut imaginer. Les mélomanes sont souvent sujets à ces écarts de langage. N’avais-je pas entendu une fois dire à l’un d’eux que tel chef était « sublimissime »? Alors, va pour « infâme »… Que l’émotion primale et ses écarts de langage vous tiennent lieu de pensée.
“Je vois, M. George-s, que votre usage de l’hyperbole dépasse tout ce que l’on peut imaginer. »
Alors « pianotage » en parlant d’un grand pianiste n’est pas insultant, mais « infâme » relève de l’émotion primale et des hyperbolissimes écarts de langage de Georges qui dépassent tout ce que l’on peut imaginer…
Mélomane toi-même, Henri Bès, qui ne supportes que la position du Maître. Quand il l’occupe, il est charmant, mais dès qu’on lui la conteste (si peu d’ailleurs) il devient odieux. Le camusianisme est une science à géométrie variable.
Je persiste et signe : utiliser « pianotage » pour parler d’un pianiste comme Baremboïm est « infâme », à moins qu’on ne connaisse strictement rien à la musique. Alors, se taire est préférable.
« J’ai dit qu’il était PARFOIS brouillon… »
Voyons Georges, je plaisantais ! En fait, je n’ai rien à dire sur les capacités musicales de Barenboim, je le jugeais juste infréquentable. D’ailleurs, j’ai écouté il y a peu son Winterreise de Schubert (avec Quasthoff) et je l’ai trouvé très bon.
Bonjour les combats de coqs !
Je vous suggère, dès potron-minet, de pousser vos cocoricos respectifs, et nous verrons alors qui a le plus bel organe !
Ah non, non, on ne va pas avoir ICI AUSSI des anonymes !
Oui, Cher William, pardonnez-moi de m’être un peu emporté.
Tiens, non, finalement. Relisant ce court dialogue avec le gros Henri, je ne me repens absolument pas, tout compte fait, de m’être emporté. Ce crétin méritait bien pire.
George-s, ce dialogue avec Henri serait-il en rapport avec ce qui se passe sur les forums du PI en ce moment même vous concernant ? Henri est-il membre du PI ? En tous cas, vous avez dû les énerver.
Serait-ce là le harcèlement dont vous parlez en première page ?
Ah non, vous n’allez pas vous y mettre aussi ! Ce sont eux les énerveurs, moi je suis doux comme l’agneau qui vient de naître, tout le monde le sait !
Et ne faites pas l’innocent, vous !
Vous croyez sérieusement que j’ai quelque chose à voir avec tout ça ?
Ou est-ce simplement un jeu de mots sur ‘innocent’ ?
Oui, bien sûr, je vous taquinais gentiment.
Vous me rassurez.
Je vous trouve très injuste avec Barenboïm. Ses enregistrements avec Jacqueline Dupré sont très bons, certains Mozart avec le LSO aussi, pleins de sève.
Et les romances sans paroles, je vous suis. Quoique je recommande les extraits enregistrés par Magaloff.
Là est justement le problème. S’il n’était qu’un musicien commun ayant ces positions politiques dégoutantes, il serait tellement plus simple de l’ignorer. Mais ce bougre a réalisé des enregistrements de référence !
Ce que je trouve lamentable dans cette petite discussion, c’est que le débat puisse seulement avoir lieu sur le génie musicale d’un homme uniquement à cause de ses prises de positions politiques (Wagner et Céline étaient antisémites, on ne va pas s’amuser à les brûler sur la place publique pour autant).
Je signalerais également que cette haine des antisionistes (encore que j’ai des doutes dans le cas de Barenboïm, puisqu’il semble plus proche de Schlomo Sand que de Mahmoud Ahmadinejad) me semble assez ridicule de la part d’individus se présentant comme « nouveaux réactionnaires » (mais je suppose que votre volonté de vous démarquer en jouant les dissidents de la Pensée Unique vous oblige à trouver une étiquette subversive, et que si vous vous étiez appelés néo-conservateurs, l’effet eut été moindre).
Cordialement,
Lecteur occasionnel
Si aviez su comment fut forgée l’expression « nouveaux réactionnaires », vous auriez pu comprendre que sa reprise, ici, est avant tout ironique.
Quant à l’antisionisme, sachez que ceux qui le critiquent ne sont pas forcément américains ou juifs. Pour beaucoup, l’antisionisme va de pair avec la « contre-colonisation » se déroulant actuellement en France, ce qui explique son impopularité parmi ceux des Français qui tiennent encore à la France.
J’ai l’intime conviction que vous vous complaisez dans cette étiquette, mais je doute que nous puissions avoir un quelconque débat là-dessus (et pour votre gouverne, je connais les « écrits » de Lindenberg).
Quant à savoir si lutte contre l’antisionisme rime avec défense de la France, cela me semble une affirmation des plus péremptoires (tout comme le contraire d’ailleurs, mais là n’était pas mon propos).
Cordialement,
Lecteur occasionnel
Un bon Asiatique opposé à un mauvais juif traître … rien de musical ici, sinon la video – mise au service du « tordage » d’une bonne vieille ficelle.
Hideux.
Vous n’avez, il me semble, rien compris. Je n’oppose pas Barenboïm et Lang Lang, il n’y a pas de vidéo et je ne vois pas de quoi vous parlez avec votre « tordage ».
Alors ça… faire le boycott de ce musicien pour ses engagements humanistes… Eh beh, la musique n’adoucit pas les moeurs.